Derroll Adams

Amitié musicale : Alain Fournier évoque Derroll Adams à l’occasion de l’édition d’un ouvrage important et la tenue d’une exposition à Bruxelles et Anvers célébrant le centenaire de sa naissance.

Derroll à Genève et couverture du livre de Marc Vandemoortele

Sans vouloir copier Magritte et sa célèbre bouffarde, je dirai à qui veut l’entendre, « ce livre n’est pas une biographie »… c’est beaucoup plus ! Certes l’auteur nous donne des indications précises sur l’enfance de Derroll en Oregon, son itinéraire musical et familial à travers les Etats-Unis, sa rencontre déterminante avec Jack Elliott, ses vagabondages en Angleterre, en France et en Belgique, sa passion pour la peinture et le banjo. Mais il nous parle surtout de sa musique et de l’influence de sa pensée bienveillante sur nombre de musiciens d’aujourd’hui, 25 ans après sa disparition.

Portraits et dans la petite rue des bouchers

En 2004, le film de Patrick Ferryn L’homme au banjo, nous avait donné un aperçu du talent de Derroll, à travers ses pérégrinations, le menant au gré de sa fantaisie de Portland à Anvers, sachant tirer parti de situations parfois rocambolesque. Des témoignages de contemporains comme Pete Seeger, Arlo Guthrie ou Jack Elliott, avaient confirmé son empathie pour la condition humaine en général et un goût particulier pour la communication. Des articles de magazines avaient contribué à écrire des morceaux de la légende, mais on avait besoin d’un vrai livre pour se confronter à la réalité.

Cet ouvrage de 186 pages, intitulé The Streetwise Banjo, et rédigé en néerlandais par Marc Vandemoortele, n’est pas pour l’instant disponible en édition française mais une traduction via l’IA nous donne une idée de la valeur de l’ouvrage. Elle est disponible pour 10 euros sur : https://www.derroll100.be/boek

Il nous fait pénétrer dans l’univers de Derroll Adams comme par enchantement et nous donne immédiatement envie de réécouter ses chansons et d’admirer ses tableaux aussi lumineux que fraternels… L’auteur nous fait connaître -ou redécouvrir- un musicien original, adepte d’une philosophie basée sur la générosité et l’échange. Une sagesse bienveillante qui ne demande rien d’autre en retour qu’un sourire ou une poignée de mains. Le rédacteur lui donne souvent la parole : ses commentaires éclairent la personnalité de l’artiste et le rendent encore plus présent et accessible. Son message est universel : “faites de la musique et surtout pas la guerre” ! Facile à mettre en pratique… et pourtant !

Banjo « long neck ». La famille à Anvers : Danny, Derroll & Rebecca
Alain et Derroll (5 octobre 1990) Ph. Anne Fournier

Marc Vandemoortele -homme de radio, organisateur de concerts et musicien lui-même- se penche sur la musique de Derroll et nous met en garde quant à la simplicité apparente de son jeu. L’homme et son banjo ne font qu’un. Simplicité ne veut pas dire facilité. Le banjo et la voix se complètent sans chercher à savoir qui va le plus toucher l’auditeur : une voix et 5 cordes indissociables. Les histoires qu’elles racontent nous parlent de Portland et du café Welkom, mais son vrai pays n’a pas de frontières. Derroll n’est pas “un de ces imbéciles heureux qui sont nés quelque part”, raillés par Brassens. C’est un citoyen du monde qui -en douceur- a su captiver son auditoire en mettant sa vie en musique. Toute sa vie. Il était plus que temps de reconnaître son mérite. Merci à l’auteur de ce livre, (qu’il dédie à Danny “la gardienne de la flamme”) et qui a su retracer fidèlement le parcours d’un homme libre et attachant qui savait surtout écouter les autres. C’était Derroll Adams, un folksinger en sabots. © Alain Fournier

(Derroll Adams – Streetwise Banjo. Marc Vandemoortele. WESP Production-livre broché, 2025)

Affiche de l’exposition et quelques peintures de Derroll

Site à voir : biographie, documents, œuvres, discographie, etc. : https://www.derrolladams.org/index.html

Site de l’exposition : https://www.derroll100.be

Laisser un commentaire