par Eric Allart
Fidèle reflet du quotidien depuis les origines, si la Country Music excelle à dépeindre les aléas du cœur et des sentiments, elle inscrit aussi le tableau des affects universels dans le cadre normé des institutions. Le mariage y tient, en l’occurrence, une place éminente. Célébré ou dénigré, source de malheurs, il a fait l’objet d’une série de classiques où toute la détresse existentielle du Honky tonk s’est vautrée sans vergogne. Les trains qui arrivent à l’heure n’ont pas d’histoire. Les accidents, les ratages, les dilemmes offrent une source perverse de situations inextricables qui ravissent les contemplateurs de destins contrariés. Nous allons donc, dans cet article, jouer le rôle des témoins conviés à cette mise en scène du meilleur comme du pire.
Un refus obstiné.
Nous retrouvons la dimension contestataire et critique du mariage dans trois chansons des années 1920 et 1950 qui infirment la vision de la Country Music comme genre bigot, moralisateur et conformiste. Phénomène déjà largement illustré dans les diverses thématiques que nous avons exposées dans des articles précédents.

Nous ne reproduirons pas ici l’analyse naturaliste de Single Girl, Married Girl enregistrée par la Carter Family en 1927, puis en 1935, que les lecteurs retrouveront dans l’article consacré aux Femmes dans la Country Music. Nous rappellerons cependant qu’elle est bâtie sur un comparatif entre la jeune femme célibataire, libre, qui peut prendre soin de sa beauté, avec un niveau de vie confortable et qui devient, par le mariage, une esclave domestique réduite à la misère et à la servitude. Un texte précoce de revendication féministe qui montre une lucidité sans concessions dans ce groupe familial connu par ailleurs pour son répertoire religieux massif.

Autre attaque, remplie d’hédonisme, où l’amour n’est pas absent mais où l’institution est perçue comme un danger, le classique de Hank Williams, interprété “live” à l’Opry sous les applaudissements d’une foule surchauffée. En matière de vie personnelle, Hank traversa une relation houleuse avec son épouse Audrey, source de misères communes (je ne développe pas ici l’incapacité de celle-ci à chanter juste), et se remaria brièvement, le 18 octobre 1952, avec une jeune admiratrice pas encore divorcée dont le parcours ultérieur de jeune veuve à répétition l’amena à épouser Johnny Horton, lui aussi condamné à une mort précoce.*
I’ll Be A Bachelor Till I Die – Hank Williams, 1947.
I’ll take you to the picture show and babe I’ll hold your hand
I’ll sit up in your parlor, let you cool me with your fan
I’ll listen to your troubles and pet you when you cry
But get that marryin’ out of your head, I’ll be a bachelor till I die
Well, I don’t mind going out and playing around if that will bring you fun
But somehow I can’t understand how one and one makes one
I like to cuddle near you and listen to you lie
But get that marryin’ out of your head, I’ll be a bachelor till I die
Now, if you want a helpmate, you’re just wastin’ lots of time
’Cause I’m afraid of church bells, how they scare me when they chime
I’ve seen those married people just up and say goodbye
So get that marryin’ out of your head, I’ll be a bachelor till I die
This freedom’s mighty precious in this land of liberty
And I’ve seen what matrimony’s done to better men than me
I don’t mind keepin’ company with the apple of my eye
But keep that marryin’ out of your head, I’ll be a bachelor till I die
Je resterai célibataire jusqu’à ma mort. Hank Williams.
Je t’emmènerai au cinéma et, chérie, je te tiendrai la main/ Je m’assiérai dans ton salon, tu me rafraîchiras avec ton éventail/ J’écouterai tes soucis et te consolerai quand tu pleureras./ Mais oublie le mariage, je resterai célibataire jusqu’à ma mort./ Ça ne me dérange pas de sortir et de m’amuser si ça te fait plaisir./ Mais je ne comprends pas comment deux personnes peuvent ne faire plus qu’une./ J’aime me blottir contre toi et t’écouter mentir.+ Mais oublie le mariage, je resterai célibataire jusqu’à ma mort./ Maintenant, si tu cherches un époux, tu perds ton temps/ J’ai peur des cloches d’église, elles me font peur quand elles sonnent./ J’ai vu des couples mariés se séparer du jour au lendemain./ Alors oublie le mariage, je resterai célibataire jusqu’à ma mort./ La liberté m’est précieuse dans ce pays de liberté./ Et j’ai vu ce que le mariage a fait à des hommes bien meilleurs que moi/ Ça ne me dérange pas de passer du temps avec celle que j’aime/ Mais sors-toi cette idée de la tête, je resterai célibataire jusqu’à ma mort.

C’est assez étonnant de trouver ce titre très proche dans son propos de celui de Hank Williams interprété par George Morgan, crooner policé plus habitué à l’excès de sentimentalisme et de romantisme ici complètement à contre-emploi. La date correspond à la période où le rockabilly dévaste tout, en s’adressant à une nouvelle génération dont “la fureur de vivre” est peut-être à la source de ce texte aux visées commerciales. Si la mélodie Hillbilly Bop est légèrement sautillante, la dimension transgressive n’échappera à personne. Le mariage ? Un piège synonyme de contraintes et de dépendance financière : si nombreux sont les hommes à y penser, George Morgan annonce tout de suite la couleur, ce sera sans lui. https://www.youtube.com/watch?v=iEc0eAsDyHk
Stay Away From Me Baby – George Morgan, 1956.
Some fellas especially
Have a lot of romance on their mind
But they don′t think too much of marriage
That’s what we′re gonna tell you about right now
It’s called « Stay Away From Me Baby”
Stay away, stay away from me, baby
Now, if you wanna listen to a wedding tune
See Niagra on your honeymoon
Stay away, stay away from me, baby
And if you want a cottage and security
Raise a sweet little family
Stay away, stay away from me, baby
I’m a good time Charlie out on a spree
Lookin′ for a lot of fun
And if you′re huntin’ for a hot rod fancy and free
Then, baby, I′m the one
But if you wanna settle down in the quiet hills
And need a man to pay your doctor bills
Stay away, stay away from me, baby
I’m a good time Charlie out on a spree
Lookin′ for a lot of fun
And if you’re huntin′ for a hot rod fancy and free
Then, baby, I’m the one
But if you wanna settle down in the quiet hills
And need a man to pay your doctor bills
Stay away, stay away from me, baby
Stay away, stay away from me, baby
Reste loin de moi bébé
Et tu sais, on dirait que certains, surtout certains mecs, ont la tête pleine de romance/ Mais le mariage, ce n’est pas trop leur truc. C’est justement ce dont on va te parler maintenant./ Ça s’appelle “Reste loin de moi, bébé”. Reste loin, reste loin de moi, bébé./ Alors, si tu veux écouter une chanson de mariage, Vivre une lune de miel près des chutes du Niagara, Reste loin, reste loin de moi, bébé./ Et si tu veux une maison tranquille et la sécurité, élever une petite famille,/ Reste loin, reste loin de moi, bébé./ Je suis un fêtard invétéré, à la recherche de plaisirs./ Mais si tu cherches une voiture de sport, élégante et libre, alors, bébé, c’est moi qu’il te faut./ Alors que si tu veux t’installer tranquillement dans la campagne/ Et que tu as besoin d’un homme pour payer tes factures de médecin,/ Reste loin, reste loin de moi, bébé.
La cérémonie
Plutôt rare, pour ne pas dire exceptionnelle, la joie extatique de la cérémonie est loin de faire consensus dans le genre. J’ai un penchant pour cette friandise hillbilly-bop de 1954 où l’harmonica reprend la Marche nuptiale de Chopin. On savourera aussi le solo en finger-picking à la Chet atkins et les quelques plans subtil de steel guitar. La promise est belle, désirable, le narrateur défoncé à l’ocytocine vit une apothéose. Profitons-en, car la suite aura une autre tonalité !
https://www.youtube.com/watch?v=x-XWmf_rLv8
Here Come The Bride/ Brand New Love Affair – Marty Roberts, 1954
Got a new set of clothes, got a brand new tie
Got a wonderful feelin and I’m gonna tell you why
I’m in the clouds and I’m walking on air
Cause I’ve got a brand new love affair
She is nice, she is sweet and when I walk her down the street
All the guys will roll their eyes, she is mighty hard to beat
The night is young we got and brand new moon
Can’t get her in my arms too soon
Here comes the bride, will you be there ?
I’ve got a brand new, brand new love affair
I’m gonna meet her by a quarter to nine
I sure hope I’ll be on time
I’ll dance her across the floor, yes we‘re gonna dance till our feet are soar
She is nice, she is sweet and when I walk her down the street
All the guys will roll their eyes, she is mighty hard to beat
The night is young we got and brand new moon
Can’t get her in my arms too soon
Here comes the bride, will you be there ?
I’ve got a brand new, brand new love affair
Une toute nouvelle histoire d’amour
J’ai un nouveau costume, une cravate toute neuve/ Je ressens une joie immense et je vais vous dire pourquoi/ Je suis sur un petit nuage, je marche dans les airs/ Car je vis une toute nouvelle histoire d’amour/ Elle est charmante, elle est douce, et quand je me promène avec elle/ Tous les gars écarquillent leurs yeux, elle est vraiment irrésistible/ La nuit commence, la lune est pleine/ J’ai hâte de la serrer dans mes bras/ Voici la future mariée, serez-vous là ?/ Je vis une toute nouvelle, une toute nouvelle histoire d’amour/ Je dois la retrouver vers huit heures trois-quarts/ J’espère bien être à l’heure/ Je l’emmènerai danser, oui, nous danserons jusqu’à en avoir mal aux pieds/ Elle est charmante, elle est douce, et quand je me promène avec elle/ Tous les gars écarquillent leurs yeux, elle est vraiment irrésistible/ La nuit commence, la lune est pleine/ J’ai hâte de la serrer dans mes bras/ Voici la future mariée, serez-vous là ?/ Je vis une toute nouvelle, une toute nouvelle histoire d’amour.

On aurait tort d’imaginer que la pelletée de chansons nuptiales reste limitée au couple. La belle famille peut représenter une mauvaise surprise. Hank Penny, dont nous avons ici souvent loué la liberté de ton et la dimension caustique caractéristiques du Western Swing, interprète un piège patriarcal signé par Roy Lanham où le dépit de la victime est amplifié par un vers délectable où l’auditeur apprend que sur les huit enfants issus de son union contrainte, il en reconnait un qui lui ressemble !
White Shotgun – Hank Penny, 1951.
Well the day that I got married was in the month of May
Now we had a nice reception, it was such a happy day
Her father was the best man as I could plainly see
′Cause he had a twelve gauge shotgun a-layin’ across his knee
We had a formal weddin′, white shotguns
Her dad seemed mighty happy just to have me for a son
All the local bachelors was glad that I got stung
We had a formal weddin’, white shotguns
Now the weddin’ march was a-playin′, they served old Mountain Dew
Her pappy stood there waitin′ just to see that things went through
Well about that time the lights went out and I said here’s my chance
I had that doorknob in my hand when the buckshot hit my pants
We had a formal weddin′, white shotguns
Her dad seemed mighty happy just to have me for a son
All the local bachelors was glad that I got stung
We had a formal weddin’, white shotguns
And now we have a family as nice as could be had
And all the neighbors say the kiddies look just like their dad
I look our eight kids over as proud as I can be
And when I look ′em over I find one that looks like me
We had a formal weddin’, white shotguns
Her dad seemed mighty happy just to have me for a son
All the local bachelors was glad that I got stung
We had a formal weddin′, white shotguns
Fusil en blanc
Le jour de mon mariage, c’était au mois de mai/ On a eu une belle réception, c’était une journée tellement joyeuse/ Son père faisait office de témoin, je n’avais plus trop le choix/ Car il avait un fusil de chasse posé sur les genou/ C’était un mariage en bonne et due forme, façon “fusil de chasse”/ Son père semblait ravi de m’avoir comme gendre
Tous les célibataires du coin étaient contents de me voir piégé/ C’était un mariage en bonne et due forme, façon “fusil de chasse”/ La marche nuptiale résonnait, on servait de la gnôle maison/ Son papa attendait là, veillant à ce que tout se déroule comme prévu/ C’est alors que les lumières se sont éteintes ; je me suis dit : “C’est ma chance”/ J’avais la poignée de porte en main quand la chevrotine a frappé mon pantalon/ C’était un mariage en bonne et due forme, façon “fusil de chasse”/ Son père semblait ravi de m’avoir comme gendre/ Tous les célibataires du coin étaient contents de me voir piégé/ C’était un mariage en bonne et due forme, façon “fusil de chasse”/ Et maintenant, nous avons une famille formidable/ Et tous les voisins disent que les gamins sont le portrait craché de leur père/ Je contemple nos huit enfants avec une immense fierté/ Et en les regardant bien, j’en trouve un qui me ressemble/ C’était un mariage en bonne et due forme, façon “fusil de chasse”/ Son père semblait ravi de m’avoir comme gendre/ Tous les célibataires du coin étaient contents de me voir piégé/ C’était un mariage en bonne et due forme, façon “fusil de chasse”
Cloches de mariage et fatalisme…
Bonheur insolent, belle-famille vicieuse, jusqu’à présent nous n’avons qu’effleuré ce qui intéresse le Honky tonk en matière matrimoniale, à savoir le ratage, la souffrance, la trahison et l’abandon. Un thème récurent apparait au cœur du réacteur, celui du délaissé qui, non seulement arrive second dans une épreuve où n’existe qu’une première place, mais qui de surcroit, est invité à la cérémonie pour bien comprendre son malheur. Deux chefs d’œuvres se complètent idéalement sur le thème :
Achetée 25 dollars à James Arthur Pritchett, obscur chanteur alcoolique, par un des guitaristes du Bluegrassman Carl Story, Wedding Bells constitua le second succès sur disque de Hank Sr qui la qualifia de “plus jolie chanson qu’il n’ait jamais entendue”. Fatalisme, fond du trou, et toujours, l’élégance distante du gentleman sudiste. Il ne manque rien.
Wedding Bells – Hank Williams. Paroles de Claude Boone, 1949
I have the invitation that you sent me
You wanted me to see you change your name
I couldn’t stand to see you wed another
But dear I hope you’re happy just the same
Wedding bells are ringing in the chapel
That should be ringing out for you and me
Down the aisle with someone else you’re walking
Those wedding bell will never ring for me
I planned a little cottage in the valley
I even bought a little band of gold
I thought some day I’d place it on your finger
But now the future looks so dark and cold
Wedding bells are ringing in the chapel
I hear the children laughing out with glee
At home alone I hang my head in sorrow
Those wedding bells will never ring for me
I fancy that I see a bunch of roses
A blossom from an orange tree in your hair
And while the organ plays I love you truly
Please let me pretend that I am there
Wedding bells are ringing in the chapel
Ever since the day you set me free
I knew someday that you would wed another
But wedding bells will never ring for me
Les cloches de mariage
J’ai reçu l’invitation que tu m’as envoyée/ Tu voulais que je te voie changer de nom/ Je ne pouvais supporter de te voir épouser un autre/ Mais, ma chère, j’espère que tu seras heureuse malgré tout/ Les cloches de mariage résonnent dans la chapell/ Celles qui auraient dû sonner pour toi et moi/ Tu t’avances vers l’autel au bras d’un autre/ Ces cloches de mariage ne sonneront jamais pour moi/ J’avais imaginé une petite maison dans la vallée/ J’avais même acheté une petite alliance en or/ Je pensais qu’un jour je la passerais à ton doigt/ Mais désormais, l’avenir me semble si sombre et glacial/ Les cloches de mariage résonnent dans la chapelle/ J’entends les rires joyeux des enfants/ Seul chez moi, je baisse la tête, accablé de chagrin/ Ces cloches de mariage ne sonneront jamais pour moi/ Je crois voir un bouquet de roses/ Et une fleur d’oranger dans tes cheveux/ Tandis que l’orgue joue “Je t’aime sincèrement”/ Laisse-moi imaginer que je suis là, à tes côtés/ Les cloches de mariage résonnent dans la chapelle/ Depuis le jour où tu m’as rendu ma liberté/ Je savais qu’un jour tu épouserais un autre/ Mais les cloches de mariage ne sonneront jamais pour moi.

Un décalque plein de noirceur reprend à peu près tous les schémas du succès de Hank. En 1968, On The Back Row est enregistré par Jerry Lee Lewis, qui en savait un rayon en matière de n’importe quoi matrimonial puisque bigame et marié à 19 ans, à sa cousine de 13 ans (une coutume du sud profond) qui lui couta des années de carrière. Le titre fut magnifié (choix purement subjectif) en 1969 dans le Porter Wagoner show par Del Reeves avec la poussée harmonique déchirante de George Owens, puis naturellement par George Jones en 1972. Quelle autre suite logique dans le paradigme honky tonk que d’aller se détruire au bar en se racontant des films après que la femme de votre vie s’est liée à un autre ? https://www.youtube.com/watch?v=HR1t2kz23eA
On The Back Row – Del Reeves & George Owens, 1969.
Here I sit on the back row in a church down the street
Not far from the place where we used to meet
And it’s finally getting through to me, you found the one you love
I’ll go back to the place I keep thinking of
It’s not a fancy place, just a tavern in the lonely part of town
Where lonely people find someone and hope to settle down
But fate dealt me a blow, that I can’t understand
And here I sit on the back row while you wed another man
You’d never dreamed after many years, I may still be waiting there
With just a bottle and two glasses right next to your favorite chair
But who knows you might have left him, he might even do you wrong
There I sit in a tavern waitin’ for you all alone
It’s not a fancy place
Au dernier rang
Me voici assis au dernier rang d’une église, tout près d’ici,/ Non loin de l’endroit où nous avions nos habitudes./ Et je réalise enfin que tu as trouvé l’homme que tu aimes/ Je vais retourner à ce lieu qui ne quitte pas mes pensées./ Ce n’est pas un endroit chic, juste une taverne dans un quartier solitaire,/ Où les âmes seules espèrent trouver quelqu’un et se poser enfin./ Mais le destin m’a porté un coup que je ne parviens pas à comprendre/ Me voici assis au dernier rang pendant que tu épouses un autre homme./ Tu n’aurais jamais imaginé qu’après tant d’années, je t’attendrais encore là-bas,/ Avec juste une bouteille et deux verres, tout près de ta chaise préférée./ Mais qui sait ? Peut-être l’as-tu quitté, peut-être te fait-il du mal…/ Et me voilà, seul dans cette taverne, à t’attendre. Ce n’est pas un endroit chic.

En 1999, Rex Hobart and the Misery Boys sortent Forever Always, un CD exceptionnel. Du cru, sans la moindre once de compromission pop, avec la belle pedal steel de Solomon “Nate” Hofer. Aucun titre faible. Dans cette troisième occurrence nous retrouvons les motifs familiers déjà exposés ci-dessous. Le récit semble porter une charge prédictive qui menace l’ami engagé dans une affaire dont l’issue parait compromise avant même d’avoir commencé. Destin contrarié, fatalité, répétition du schéma, du bonheur pour n’importe quel psychanalyste ! https://www.youtube.com/watch?v=n9iZ7Bx7auM
I Always Cry At Weddings – Rex Hobart and the Misery Boys
I got the invitation to your wedding just today
I’m sorry I won’t make it
To my best friends big day
See that girl you’re marrying
She used to be my own
Til one day at the alter, she left me alone
Don’t get me wrong,
I don’t want to ruin your happiness
I wish I could be there
I wish you both the best
I do hope your luck in love is more than mine
So with regrets, your invitation, I must decline
I always cry at weddings, like I cried at mine
I always cry at weddings, where she left me behind
I learned first hand the last thing that a wedding needs
Are tears from a full grown man, broken on his knees.
I do hope your luck in love is more than mine
But with regrets, your invitation, I must decline
I proposed on one knee, then to both knees I fell
Begging her to reconsider my sentence to hell
But she walked down the isle away from me
And now I cry at weddings
My busted heart still bleeds
I always cry at weddings, like I cried at mine
I always cry at weddings, where she left me behind
I learned first hand the last thing that a wedding needs
Are tears from a full grown man, broken on his knees.
I always cry at weddings
My busted heart still bleeds
Je pleure toujours aux mariages
Je viens tout juste de recevoir le faire-part de ton mariage/ Je suis désolé, je ne pourrai pas être présent/ Pour le grand jour de mon meilleur ami/ Tu vois cette fille que tu vas épouser ?/ Elle a partagé ma vie autrefois/ Jusqu’au jour où, devant l’autel, elle m’a laissé seul/ Ne te méprends pas,/ Je ne veux pas gâcher ton bonheur/ J’aimerais pouvoir être là/ Je vous souhaite à tous deux le meilleur/ J’espère que tu auras plus de chance en amour que moi/ Alors, à mon grand regret, je dois décliner ton invitation/ Je pleure toujours aux mariages, comme j’ai pleuré au mien/ Je pleure toujours aux mariages, là où elle m’a abandonné/ J’ai appris à mes dépens que la dernière chose dont un mariage a besoin,/ Ce sont les larmes d’un homme fait, brisé et à genoux.

Alan Jackson nous permet de franchir l’après cérémonie avec un tube de 1995 enregistré en 1994, co écrit avec son beau-frère et Andy Loftin. Point de véritable tragédie existentielle ici, mais la mise en forme à la demande familiale de ce qui circulait comme une blague fort appréciée dans l’entourage d’Alan. La chanson entre dans notre thématique matrimoniale, elle aurait naturellement sa place dans notre vieil article sur l’alcool. Portée moralisatrice ? Rien n’est certain, j’y vois plutôt un rire sarcastique sur un enchainement de situations débiles. https://www.youtube.com/watch?v=-aNjYlgwBN0
I Dont Even Know Your Name – Alan Jackson, 1994
Well I was sitting in a roadhouse down on Highway 41
You were wiping off some ketchup on a table that was done
I knew you didn’t see me, I was in a corner booth
Of course you weren’t my waitress, mine was missing her front tooth
So I flagged you down for coffee, but I couldn’t say a thing
But I’m in love with you, baby, and I don’t even know your name
I’m in love with you baby, I don’t even know your name
I’ve never been too good with all those sexual games
So maybe it’s just better if we leave it this way
I’m in love with you, baby, and I don’t even know your name
So I ordered straight tequila, a little courage in a shot
And I asked you for a date and then I asked to tie the knot
I got a little wasted, yeah, I went a little far
I finally got to hug you when you helped me to my car
The last thing I remember I heard myself say
I’m in love with you, baby, and I don’t even know your name
I’m in love with you baby, I don’t even know your name
I’ve never been too good with all those sexual games
So maybe it’s just better if we leave it this way
I’m in love with you, baby, and I don’t even know your name
The next thing I remember, I was hearing wedding bells
Standing by a woman in a long white lacy veil
I raised the veil and she smiled at me without her left front tooth
And I said where the hell am I and just who the hell are you?
She said, I was your waitress and our last name’s now the same
‘Cause I’m married to you, baby, and I don’t even know your name
Yeah, I’m married to a waitress, I don’t even know her name
I’ve never been too good at all those sexual games
I never thought my love life would quite turn out this way
Hey, I’m married to a waitress and I don’t even know her name
Je ne connais même pas ton nom.
J’étais assis dans un routier, le long de l’autoroute 41/ Tu essuyais une tache de ketchup sur une table qu’on venait de quitter/ Je savais que tu ne me voyais pas, j’étais installé dans un box au fond/ Ce n’est pas toi qui t’occupais de moi ; ma serveuse, elle, avait une dent de devant en moins/ Alors je t’ai fait signe pour un café, mais je n’ai pas réussi à dire un mot/ Pourtant, je suis amoureux de toi, chérie, et je ne connais même pas ton nom/ Je suis amoureux de toi, chérie, et je ne connais même pas ton nom/ Je n’ai jamais été très doué pour tous ces jeux de séduction/ Alors peut-être vaut-il mieux en rester là/ Je suis amoureux de toi, chérie, et je ne connais même pas ton nom/ Alors j’ai commandé une tequila pure, un peu de courage dans un verre/ Je t’ai proposé un rendez-vous, puis je t’ai demandé de m’épouser/ J’avais un peu trop bu, ouais, j’ai un peu dépassé les bornes/ J’ai fini par te serrer dans mes bras quand tu m’as aidé à rejoindre ma voiture/ La dernière chose dont je me souvienne, c’est de m’être entendu dire/ “Je suis amoureux de toi, chérie, et je ne connais même pas ton nom”/ Je suis amoureux de toi, chérie, et je ne connais même pas ton nom/ Je n’ai jamais été très doué pour tous ces jeux de séduction/ Alors peut-être vaut-il mieux en rester là/ Je suis amoureux de toi, chérie, et je ne connais même pas ton nom/ Le souvenir suivant, c’est le son des cloches de l’église/ Debout à côté d’une femme portant un long voile blanc en dentelle/ J’ai soulevé son voile et elle m’a souri, sans sa dent de devant gauche/ Et j’ai dit : “Où diable suis-je, et qui diable es-tu ?”

Anneau nuptial, métonymie et symbolique.
Plus que la traine, le bouquet ou le voile, c’est l’alliance qui revient en leitmotiv dans de nombreuses chansons consacrées au thème. Souvent objet modeste de couples désargentés, il préexiste au mariage et hélas, lui survit parfois. Nous illustrerons l’exaltation des sentiments et la chute avec trois exemples, pour un bilan de 1 contre 3. Là aussi, l’échec prévaut. La Country Music s’intéresse aux marques sacrées pour en dépeindre l’inanité et les subvertir. Passion, espoir, vœux, échec : tout n’est que cycle.
Golden Rings – George Jones & Tammy Wynette. Paroles de Rafe Van Hoy et Bobby Braddock, 1976
In a pawn shop in Chicago on a sunny summer day
A couple gazes at the wedding rings there on display
She smiles an’ nods her head as he says, « Honey, that’s for you
It’s not much, but it’s the best that I can do”
Golden rings with one tiny little stone
Waiting there for someone to take you home (Waiting there)
By itself, it’s just a cold metallic thing
Only love can make a golden wedding ring
In a little wedding chapel later on that afternoon
An old upright piano plays that old familiar tune
Tears roll down her cheeks and happy thoughts run through her head
As he whispers low, « With this ring, I thee wed”
Golden rings with one tiny little stone
Shining ring now at last it’s found a home
By itself, it’s just a cold metallic thing
Only love can make a golden wedding ring
In a small two room apartment as they fought their final round
He says, « You won’t admit it, but I know you’re leavin’ town”
She says, « One thing’s for certain, I don’t love you any more”
And throws down the ring as she walks out the door
Golden ring with one tiny little stone
Cast aside like the love that’s dead and gone
By itself, it’s just a cold metallic thing
Only love can make a golden wedding ring
In a pawn shop in Chicago on a sunny summer day
A couple gazes at the wedding rings there on display
Golden ring
Alliance en or.
Dans une boutique de prêteur sur gages à Chicago, par une belle journée d’été,/ Un couple contemple les alliances exposées./ Elle sourit et hoche la tête tandis qu’il dit : “Chérie, c’est pour toi./ Ce n’est pas grand-chose, mais c’est le mieux que je puisse faire”/ Des alliances en or avec une minuscule pierre./ Elles attendent que quelqu’un les emporte à la maison./ Toute seule, ce n’est qu’un objet froid et métallique./ Seul l’amour peut créer une alliance en or./ Plus tard dans l’après-midi, dans une petite chapelle,/ Un vieux piano droit joue cet air familier./ Des larmes coulent sur ses joues et des pensées heureuses l’envahissent./ Tandis qu’il murmure : “Avec cette alliance, je te prends pour épouse”/ Des alliances en or avec une minuscule pierre./ L’alliance brillante a enfin trouvé sa place./ Toute seule, ce n’est qu’un objet froid et métallique./ Seul l’amour peut créer une alliance en or./ Dans un petit deux-pièces, alors qu’ils se livraient à leur ultime dispute/ Il dit : “Tu ne l’admettras jamais, mais je sais que tu quittes la ville”./ Elle répond : “Une chose est sûre, je ne t’aime plus”./ Et elle jette l’alliance par terre en franchissant la porte./ Une bague en or avec une minuscule pierre./ Rejetée comme un amour mort et disparu./ Toute seule, ce n’est qu’un objet froid et métallique./ Seul l’amour peut créer une alliance en or./ Dans une boutique de prêteur sur gages à Chicago, par une belle journée d’été,/ Un couple contemple les alliances exposées./ Une bague en or.

Les Webster Brothers dont l’œuvre Bluegrass et Hillbilly mérite d’être réévaluée (en particulier sur le BCD 16699 AH) sont connus pour avoir collaboré avec Carl Butler avant que ce dernier ne perce et fonde avec son épouse Pearl un des fleurons du duo marital des années 1960-70. Situés au pinacle de ce que le Honky tonk peut produire de plus torturé et dépressif, ils éclipsent les Webster Brothers, qui continuent pourtant à produire des choses très intéressantes dans ce titre de 1967, lequel illustre leur capacité à intégrer du Bakersfield-sound dans une veine très proche de ce que Buck Owens et Don Rich harmonisaient à la même époque. On arrive ici après la bataille, et c’est un narrateur brisé, presque timide, qui tente de refourguer un objet dont la valeur sentimentale excède son estimation monétaire. On observe un jeu de balancier entre le matérialisme et la nostalgie douloureuse attachée à l’emblème d’une perte d’un avenir qui ne s’est pas réalisé, la cause de la rupture restant dans un hors champ que l’imagination bien labourée de l’auditeur familier du genre saura compléter sans effort. En 1997 les Derailers, loin d’être écrasés par l’héritage pessimiste, se l’approprient et le conjurent, un optimisme ostensible marqué par la foi et la volonté. https://www.youtube.com/watch?v=OtO4BsNAo-o https://www.youtube.com/watch?v=XQbciRUnzSM
Slighty Used Engagement Ring – The Webster Brothers, 1967
I saw your sign outside at the window
Is it true that you buy everything ?
And if it’is so I wonder what you’ll give me
For one slighty used engagement ring
I know that it is not worth so much I found out yesterday
I compared it with the one she wore when she walked away
But If you like to buy it I’ll take most anything
For one slighty used engagement ring
It has a certain sentimental value
But I don’t guess that worth anything
Look it over and make me an offer
For one slighty used engagement ring (x2)
Une bague de fiançailles à peine usée
J’ai vu votre enseigne à la vitrine/ Est-il vrai que vous rachetez tout ?/ Et si c’est le cas, je me demande ce que vous m’offrirez/ Pour une bague de fiançailles très peu portée/ Je sais qu’elle ne vaut pas grand-chose, je l’ai appris hier/ Je l’ai comparée à celle qu’elle portait quand elle est partie/ Mais si vous voulez l’acheter, j’accepterai à peu près n’importe quoi/ Pour cette bague de fiançailles très peu portée/ Elle a une certaine valeur sentimentale/ Mais je suppose que cela ne vaut rien/ Examinez-la et faites-moi une offre/ Pour cette bague de fiançailles très peu portée (x2)
Pawnshop For Wedding Rings – The Derailers, 1997.
Pawnshop wedding rings, so many shattered dreams
Broken vows from lovers who gave up
But you can count on me, to be yours faithfully
And stand beside you when push comes to shove
And these pawnshop wedding rings are gonna learn about love
I couldn’t give you a ring that’s new
But I can give you a ring of truth
And a love that won’t grow old
Shining like that band of gold
Put your hand in mine
And everything will work out fine
Together I know, we can rise above
And these pawnshop wedding rings are gonna learn about love
I imagine on our wedding day
When we stand in front of the preacher and say
« We’ll be together till death do us part,”
And give those rings a brand new start
Pawnshop wedding rings, so many shattered dreams
Broken vows from lovers who gave up
These pawnshop wedding rings are gonna learn about love
They’re gonna learn about love, they’re gonna learn about love
They’re gonna learn about love
Alliances de prêteur sur gages
Alliances de prêteur sur gages, tant de rêves brisés/ De promesses rompues par des amoureux qui ont abandonné/ Mais tu peux compter sur moi pour t’être fidèle/ Et rester à tes côtés quand l’épreuve sera rude/ Et ces alliances de prêteur sur gages vont découvrir ce qu’est l’amour/ Je ne pouvais pas t’offrir une bague neuve/ Mais je peux t’offrir une bague faite de vérité/ Et un amour qui ne vieillira jamais/ Brillant comme cet anneau d’or/ Mets ta main dans la mienne/ Et tout ira pour le mieux/ Ensemble, je le sais, nous pourrons nous élever/ Et ces alliances de prêteur sur gages vont découvrir ce qu’est l’amour/ J’imagine le jour de notre mariage/ Quand nous serons devant le pasteur pour dire “Nous resterons unis jusqu’à ce que la mort nous sépare”/ Et que nous offrirons à ces bagues un nouveau départ/ Alliances de prêteur sur gages, tant de rêves brisés/ De promesses rompues par des amoureux qui ont abandonné/ Ces alliances de prêteur sur gages vont découvrir ce qu’est l’amour/ Elles vont découvrir ce qu’est l’amour, elles vont découvrir ce qu’est l’amour/ Elles vont découvrir ce qu’est l’amour.

Une rupture nécessaire et une conclusion provisoire.
Le rituel ayant été déployé, les vœux échangés, les ratés inventoriés, deux options s’offrent dans la suite des opérations. La première, celle du couple stable, assez solide pour durer, ne connait que des illustrations marginales. La seconde, pourrait constituer un genre à elle seule, et laisse démuni l’anthologiste critique sous le poids de la surreprésentation.
C’est pourquoi nous laisserons provisoirement nos lecteurs aux pieds endoloris avec du riz dans les cheveux et des tâches de pièce montée sur les vêtements. Pas d’inquiétude, le thème du divorce complétera sous peu avec jubilation ces récits de noces. (Eric Allart, juin 2026)
Avec mes remerciements à Robert Farquar
Photo de couple (Facebook) : Loretta Webb 15 ans épouse Oliver Vanetta Lynn 21 ans (1948)
- Un article sur Billie Jean est en cours de rédaction pour ce site.
