Divorce et Country Music

par Eric Allart

Nous avons abordé, dans un premier volet, une sélection aussi diachronique que subjective sur le traitement du mariage dans la Country Music. Pour prolonger le thème, il est temps de compulser le foisonnement d’œuvres attachées à dépeindre son achèvement, sa fin, donc sa rupture. Le divorce, dans à peu près toutes ses causalités et ses acceptions, a été traité dans une production massive dont le sommet se situe probablement au tournant des années 1960-70. Non pas parce que les générations précédentes traversaient les fluctuations du cœur et de la fesse avec moins de cahots, mais pour plusieurs causes : générationnelles, sociétales et technologiques.

Cette phase historique correspond aussi aux Etats-Unis, et dans la sphère anglophone, à une représentation du genre nourrie malgré elle par une surabondance de productions usant le thème à l’extrême. En France, en dehors d’une poignée d’allumés -dont votre serviteur se revendique- personne ou presque n’a pris conscience de la portée du phénomène. Cette affirmation ne relève pas d’un travail scientifique fondé sur des statistiques, ni d’une approche universitaire étayée par une analyse académique. Elle est le produit de 45 ans d’écoute et de curiosité compulsive, d’échanges avec d’autres amateurs et de connaissances acquises au fil des ans.

Actualitié du thème sur disques

1- Un “habitus de boomer” :
Si le divorce pour cause d’adultère existe depuis les débuts de la colonisation, le divorce par consentement mutuel est initié en Californie en 1969 puis est suivi par d’autres états américains. Cette légalisation facilite le fait et s’inscrit dans la libération progressive des mœurs qui se détache du carcan religieux. Les générations nées pendant la seconde guerre mondiale, portées par l’hédonisme des années 1950, les promesses de progrès par la science et la consommation de masse, ont vu l’émergence, dans la culture populaire, du culte du jeune et du mouvement.

Musicalement, c’est le Rock and roll qui a été le marqueur de cette génération. Le Rockabilly, connecté à la Country Music en a été l’illustration rurale. Or, ce petit monde entre dans la maturité. Avec parfois son cortège de crises du couple et des désillusions. La période est aux mutations sociologiques. Avec remise en cause du modèle du machisme dominant. Libération sexuelle. Pertes de repères des néo-urbains, issus de la Grande Migration entamée dans les années 1920 pour alimenter l’industrie, fracassés par l’effacement des cadres traditionnels des communautés rurales. On peut même parler de crise identitaire.

Le vice-président des Etats-Unis, J.D. Vance, figure du gouvernement Trump, raconte dans son autobiographie Hillbilly Elégie son enfance dans ce contexte déstructuré et violent. Un nouveau mal-être prend pour cadre les interminables résidences pavillonnaires où l’idéalisme béat des années 1950 ne suffit peut-être pas à donner du sens à l’existence. Ajoutons au tableau du “pas bien”, érigé en routine, le portrait des hommes jeunes esquintés par les guerres en Corée et au Viet-Nam (en attendant l’Irak et l’Afghanistan) dont le retour à la vie civile est rendu problématique par le stress post-traumatique. On pourra se référer à notre article sur “Quand la Country-Music s’en va en guerre” pour compléter lr sujet.

C’est après la Seconde Guerre mondiale que la Country Music va ouvertement se faire le miroir de ces expériences collectives. Après les tempêtes d’ocytocine et de testostérone des teenagers des fifties, secouant leurs carcasses juvéniles dans des drive-in au son du Rock and Roll, les voici plus mûrs et en proie aux affres des crises conjugales. Ça tombe bien, l’industrie du disque, à Nashville aussi bien qu’à Los Angeles, est prête à en faire le récit cathartique dans le sous-genre dédié qui semble avoir été inventé pour le faire. Il s’agit naturellement du Honky-Tonk, même si le Western Swing a ouvert la voie au thème dans les années 1940.

Le divorce commme élément de promotion médiatique ?

2- Le commencement de la fin :
Il arrive parfois, dans le cours des vies, qu’à la passion des débuts succède une usure qui fait les beaux jours de la littérature et des experts en chimie organique. Successions de phases qui voient parfois se transformer en gouffre ce qui n’était qu’une petite faille. A Nashville, aussi bien qu’en Californie, on dresse un tableau sans concession de la misère conjugale.
Ouvrons avec un diamant noir de Johnny Paycheck où l’époux espionne l’amant de sa femme. Non pas pour lui demander des comptes, mais avec une compréhension parfaite du processus en trois phases dont les victimes semblent innombrables : séduction, consommation, abandon. On savourera la dernier vers d’une tragique perversité…

He Is In A Hurry. Johnny Paycheck. 1966.
I’ve seen him quit all in a straight flush with aces high
He’s never been late, getting home, not once in life
He races through his routine, from nine till five
He is in a hurry, he has to get home to my wife
But I don’t blame him, she’s really something
To go home to, she meets him at the door with his papers and my pride. She can make a man forget he has heartache
He is in a hurry, he has to get home to my wife
He is on his toes now, but I garantee you, he’d better stay there
She gives a lot, but demands a lot, and that’s only fair
Just one lapse in love and he’ll wine up here by my side
Watching someone else, hurry on, to our wife.

Je l’ai vu tout miser sur une quinte flush à l’as/ Il n’est jamais rentré en retard, pas une seule fois de sa vie/ Il expédie sa journée, de neuf heures à dix-sept heures/ Il est pressé, il doit rentrer retrouver ma femme/ Mais je ne lui en veux pas, elle est vraiment exceptionnelle/ Elle l’accueille sur le pas de la porte avec le journal et ma fiert/ Elle sait faire oublier à un homme ses peines de cœur/ Il est pressé, il doit rentrer retrouver ma femme/ Il marche sur des œufs, mais je vous le garantis : il a tout intérêt à rester prudent/ Elle donne beaucoup, mais exige beaucoup, et c’est bien normal/ Au moindre faux pas amoureux, il se retrouvera ici, à mes côtés/ À regarder quelqu’un d’autre se hâter de rejoindre… notre femme.

Cette même année 1966 Buck Owens use d’une figure elliptique pour illustrer la mort du désir :

We Split The Blanket In The Middle. Buck Owens. 1966.
Every night I go out somebody asks me
Whatever happened to you
I just say that I haven’t seen you lately
And then I say my friend I thought you knew
That we split the blanket down the middle
‘Cause we could never get along
We split the blanket down the middle
That’s all you can do when love is gone
Well, I tell ’em that we tried and tried to make it
But we couldn’t solve what was the use
To hang on to love it’s only mis’ry
Ao now I’m fancy free and foot loose
Yes, we split the blanket down the middle
‘Cause we could never get along
We split the blanket down the middle
That’s all you can do when love is gone…

Chaque fois que je sors, quelqu’un me demande/ Ce qui m’est arrivé/ Je réponds simplement que je ne t’ai pas vue ces derniers temps/ Et puis je dis : “Mon ami, je croyais que tu savais”/ Que nous avons coupé la couverture en deux/ Parce qu’on n’arrivait pas à s’entendre/ Nous avons coupé la couverture en deux/ C’est tout ce qu’on peut faire quand l’amour s’en va./ Je leur dis qu’on avait tout tenté pour que ça marche/ Mais qu’on n’a pas trouvé de solution ; à quoi bon/ S’accrocher à un amour qui n’apporte que du malheur ?/ Alors maintenant, je suis libre comme l’air/ Oui, nous avons coupé la couverture en deux/ Parce qu’on n’arrivait pas à s’entendre/ Nous avons coupé la couverture en deux/ C’est tout ce qu’on peut faire quand l’amour s’en va

Enfin, en 1968, Porter Wagoner et Dolly Parton achèvent de mettre à bas le stéréotype du foyer épanoui en subvertissant le proverbe anglophone “Home is where the heart is”  (Le foyer est là où réside le cœur) en “Home is where the hurt is” (Le foyer est là où habite la douleur). On ne fait pas plus explicite.

Home Is Where The Hurt Is. Dolly Parton & Porter Wagoner. 1968.
(Paroles : Marge Barton – Freed McRae)

We’re well known in every honky tonk in town
Not a night goes by that we don’t make the rounds
People wonder why we choose to live this way
Why don’t they ever stay at home I hear them say.
But home is where the hurt is
‘Cause love doesn’t live there anymore
Home is where the hurt is
That’s why we don’t stay at home much anymore.
What was once our happy home has come to be
A place to fuss and fight and disagree
Our lonely house with wall to wall regret
And these bright lights somehow help us to forget.
‘Cause home is where the hurt is
‘Cause love doesn’t live there anymore
Home is where the hurt is
That’s why we don’t stay at home much anymore.

C’est au foyer qu’on trouve le malheur./ On est connus dans tous les bars du coin./ Pas une soirée ne passe sans qu’on fasse la tournée/ Les gens se demandent pourquoi on vit ainsi/ “Pourquoi ne restent-ils jamais chez eux ?” je les entends dire./ Mais le foyer, c’est là que réside la douleur/ Car l’amour n’y habite plus/ Le foyer, c’est là que réside la douleur/ C’est pour ça qu’on ne reste plus guère à la maison./ Ce qui fut jadis notre doux foyer est devenu/ Un lieu de disputes, de querelles et de désaccords/ Notre maison vide est emplie de regrets de toutes parts/ Et ces lumières vives nous aident, tant bien que mal, à oublier./ Car le foyer, c’est là que réside la douleur/ Car l’amour n’y habite plus/ Le foyer, c’est là que réside la douleur/ C’est pour ça qu’on ne reste plus guère à la maison./ C’est pour ça qu’on ne reste plus guère à la maison…

Enfin ajoutons, dans cette sélection bien trop succincte, le bref titre taillé à l’os de Rex Hobart, où le narrateur confirme la mort définitive des serments d’amour « éternel » :

Forever Always End. Rex Hobart and his Misery Boys. 2000.
Funny how forever always end
I’m waiting for something else to last forever
There must be something, somewhere that will
But every time I hear the word “forever”
The heart in my chest stop cold as steel
Every time I heard the word “forever”
I find myself crying before long
Now every time I hear the word “forever”
I know it’s just a lie, so I move on.
Forever is a long long time, understood by few
Forever is just a word, used by all of us fools
To convince ourselves that we’ll never ever hurt again
Funny how forever always ends
Forever is a long long time, understood by few
Forever is just a word, used by all of us fools
To convince ourselves that we’ll never ever hurt again
Funny how forever always ends

C’est drôle comme l’éternité finit toujours par s’achever/ J’attends autre chose qui puisse durer pour toujours/ Il doit bien y avoir quelque chose, quelque part, qui le permette/ Mais chaque fois que j’entends le mot “pour toujours”/ Mon cœur se glace instantanément dans ma poitrine/ Chaque fois que j’entendais le mot “pour toujours”/ Je finissais bien vite par pleurer/ Désormais, chaque fois que j’entends le mot “pour toujours”/ Je sais que ce n’est qu’un mensonge, alors je passe à autre chose./ “Pour toujours”, c’est une éternité, un concept que peu comprennent/ “Pour toujours” n’est qu’un mot, employé par nous autres, pauvres fous/ Pour nous persuader que nous ne souffrirons plus jamais/ C’est drôle comme l’éternité finit toujours par s’achever/ “Pour toujours”, c’est une éternité, un concept que peu comprennent/ “Pour toujours” n’est qu’un mot, employé par nous tous, pauvres fous/ Pour nous persuader que nous ne souffrirons plus jamais/ C’est drôle comme l’éternité finit toujours par s’acheve

3- La procédure de divorce

Dire le mot en toutes lettres ou travestir avec une ellipse gênante ? Nous avons souvent illustré à quel point le Western swing californien était précurseur dans l’exhibition de l’intime et le dévoilement cru des phénomènes sociaux. Merle Travis livre en 1946 une annonce brutale et un tantinet cynique à celle qui l’a trompé. Un divorce que l’on peut mettre en relation, au vu du contexte historique, avec les nombreuses ruptures consécutives au retour des GI auprès d’épouses déjà passées à d’autres histoires amoureuses ou incapables de supporter des hommes transformés par l’expérience de la violence.

Divorce me C.O.D. Merle Travis. 1946.
I just bought me a great long ticket
I’m gonna use it at 4 p.m.
So you can call your secret love and tell the news to him
You thought your little romance was on the strict Q.T
If you want your freedom P.D.Q, divorce me C.O.D.
I won’t be around to hear you cry
I’m Texas-bound, and by and by
You can reach me down in Dallas
A general delivery
So if you want your freedom P.D.Q, divorce me C.O.D.
Now there’s gonna come a day, girl, when you’ll be feeling blue
You’re gonna find that you can’t pay your bills
With a little old Y.O.U
This dynamite you’re messing with, may be T.N.T
So if you want your freedom P.D.Q, divorce me C.O.D.
When the winter comes, I hope you freeze
While I play my tune playing around in my BVDs
I ain’t no college professor, I ain’t got no P.H.D
But if you want your freedom P.D.Q, divorce me C.O.D.

Je viens de m’acheter un billet pour un long voyage/ Je compte partir à 16 heure/ Alors tu pourras appeler ton amant secret et lui annoncer la nouvelle/ Tu croyais que ta petite idylle se passerait en douce/ Si tu veux ta liberté au plus vite, divorce à l’amiable/ Je ne serai pas là pour t’entendre pleurer/ Je mets le cap sur le Texas, et d’ici peu/ Tu pourras me joindre à Dallas/ En poste restante: Alors si tu veux ta liberté au plus vite, divorce sans attendre/ Un jour viendra, ma belle, où tu auras le cafar/ Tu découvriras que tu ne peux plus payer tes factures
Avec ta petite personne/ La dynamite avec laquelle tu joues, c’est peut-être du TNT/ Alors si tu veux ta liberté au plus vite, divorce plus sans attendre/ Quand l’hiver arrivera, j’espère que tu te cailleras/ Pendant que je m’amuserais en sous-vêtements/ Je ne suis pas professeur d’université, je n’ai pas de doctorat/ Mais si tu veux ta liberté au plus vite, divorce à l’amiable

On ne saurait trop recommander le chef d’œuvre cinématographique de William Wyler, The Best Years Of Our Lives (Les plus belles années de notre vie) qui remporta 9 Oscars en 1947. Ce film narre la difficile réadaptation à la vie civile de trois vétérans et colle à merveille au contexte de la chanson de Merle Travis.

Patsy Cline condense un récit de vie sous une forme très cinématographique. Alors que Merle Travis exprime une forme de soulagement et de jubilation, Patsy Cline remet l’église au centre de la communauté rurale. On ne sait pas si c’est la souffrance intime ou le scandale des lois des hommes qui priment sur les sacrements divins qui causent son tourment. Toujours est-il que se dégage du tableau une posture ancrée dans le conservatisme. Si 1957 est une année marquée par la déferlante du Rockabilly et du Rock and Roll, le Honky Tonk, lui, se tient à l’écart de la fête.

A Church, a Courtroom and Goodbye. Patsy Cline. 1957.
The first scene was the church, then the altar
Where we claimed each other, with tears of joy we cried
Our friends wished us luck there forever
As we walked from the church, side by side
The next scene was a crowded courtroom
And like strangers, we sat side by side
Then I heard the judge make his decision
And no longer were we man and wife
I hate the sight of that courtroom
Where man-made laws push God’s laws aside
Then the clerk wrote our story in the record
A church, a courtroom, and then goodbye
We walked from that courtroom together
We shook hands, and once again, we cried
Then it was the end of our story
A church, a courtroom, and then goodbye

La première scène était à l’église, puis à l’autel/ Où nous nous sommes unis, versant des larmes de joie/ Nos amis nous souhaitaient un bonheur éternel/ Alors que nous quittions l’église, côte à côte/ La scène suivante fut une salle d’audience bondée/ Et, tels des étrangers, nous étions assis côte à côte/ Puis j’entendis le juge prononcer sa décision/ Et nous ne fûmes plus mari et femm/ Je déteste cette salle d’audience/ Où les lois des hommes relèguent au second plan les lois de Dieu/ Puis le greffier consigna notre histoire au registre/ Une église, un tribunal, et puis l’adieu/ Nous sommes sortis ensemble de ce tribunal/ Nous nous sommes serrés la main et, une fois de plus, nous avons pleuré/ Ce fut alors la fin de notre histoire/ Une église, un tribunal, et puis l’adieu

Une vision matérialiste de la séparation, par Bob Gallion, semble plus préoccupée par l’inventaire des biens que par le bilan affectif ! (Une belle reprise de 1962 a été également enregistrée par Claude Gray).

You Take the Table (And I’ll Take the Chairs). Bob Gallion. 1959.
(Paroles de John D. Loudermilk)
So here we are breakin’ up our home
To go our sep’rate ways all alone
Go take your love you just wouldn’t share
You take the table and I’ll take the chairs
Breaking up a home that was so sweet
Sorting out the things we want to keep
A perfect way to start a life of care
You take the table and I’ll take the chairs
What a shame to see such pretty things
Seperated like our wedding rings
From the basement to the attic stair
You take the table and I’ll take the chairs
Life is oh so useless since you’re gone
All I do is sit and weep alone
With a heart that’s too blue to bear
Since you took the table and I took the chairs

Nous voilà donc en train de défaire notre foyer/ Pour suivre chacun notre route, seuls de notre côté/ Reprends cet amour que tu n’as jamais voulu partager/ Tu prends la table et moi, je prends les chaises/ On démantèle ce foyer qui était si doux/ En triant les objets que l’on veut garder pour nous/ Une drôle de façon d’entamer une vie de tourments: Tu prends la table et moi, je prends les chaises/ Quel dommage de voir de si belles choses/ Séparées, tout comme nos alliances, tu vois/ Du sous-sol jusqu’à l’escalier du grenier/ Tu prends la table et moi, je prends les chaises/ La vie semble si vaine depuis ton départ/ Je reste là, seul, à pleurer dans le noir/ Le cœur trop lourd, trop triste à supporter/ Depuis que tu as pris la table et que j’ai pris les chaises

Le thème a été réactivé plus récemment par Sammy Kershaw :

Yard Sale. Sammy Kershaw. 1992.
(Paroles de Dewayne Blackwell et Larry Bastian)
Cardboard sign says « yard sale”
Real estate sign says “sold »
Family picnic table
Holds all that it can hold
On the grass and on the sidewalk
Well, there must be half the town
Ain’t it funny how a broken home
Can bring the prices down?
Oh, they’re sorting through
What’s left of you and me
Paying yard sale prices
For each golden memory
Oh, I never thought I’d ever live to see
The way they’re sorting through
What’s left of you and me
You left two summer dresses
In the backyard on the line
Lady just brought ’em to me
She said she thinks they’ll fit just fine
Well, there goes the baby’s wagon
And the mirror from the hall
I better take just one last look
Before they take it all
Oh, they’re sorting through
What’s left of you and me
Paying yard sale prices
For each golden memory
Oh, I never thought I’d ever live to see
The way they’re sorting through
What’s left of you and me
Well, I wonder what you’d say if you could see
The way they’re sorting through
What’s left of you and me

Une pancarte en carton annonce “vide-grenier”/ Le panneau de l’agence indique “vendu/ La table de pique-nique familiale/ Déborde de tout ce qu’elle peut contenir/ Sur la pelouse et sur le trottoir/ Eh bien, il y a sans doute la moitié de la ville/ N’est-il pas curieux de voir comment un foyer brisé/ Peut faire chuter les prix ?/ Oh, ils fouillent dans/ Ce qu’il reste de toi et moi/ Payant au prix du vide-grenier/ Chaque souvenir précieux/ Oh, je n’aurais jamais cru voir un jour/ La façon dont ils fouillent dans/ Ce qu’il reste de toi et moi/ Tu as laissé deux robes d’été/ Sur la corde à linge, dans le jardin/ Une dame vient de me les apporter/ Elle pense qu’elles m’iront parfaitement/ Et voilà que part le landau du bébé/ Ainsi que le miroir de l’entrée/ Je ferais mieux de jeter un dernier regard/ Avant qu’ils n’emportent tout/ Oh, ils fouillent dans/ Ce qu’il reste de toi et moi/ Payant au prix du vide-grenier/ Chaque souvenir précieux/ Oh, je n’aurais jamais cru voir un jour/ La façon dont ils fouillent dans/ Ce qu’il reste de toi et moi/ Je me demande ce que tu dirais si tu pouvais voir/ La façon dont ils fouillent dans/ Ce qu’il reste de toi et moi

4- Un couple exceptionnel :

En matière de divorce il convient de souligner les performances olympiques du couple George Jones (1931-2013) et Tammy Wynette (1942-1998). Nous avons conscience que la séquence biographique qui s’ensuit relève plus de la presse people de caniveau que de l’anthologie purement musicale et thématique. Cependant, il est impossible de séparer dans ces cas précis la biographie des artistes de leur œuvre.
A ma gauche Jones, un gamin maltraité par un père violent, alcoolique précoce depuis l’enfance, qui réussi à s’imposer après Webb Pierce et Ray Price comme héritier du sceptre disputé à la suite de la mort d’Hank Williams Sr en 1953.

A ma droite une gamine orpheline de père, issue d’un milieu paysan et ouvrier, mal mariée à 17 ans. Elle est abusée sexuellement par son époux et subit une seconde grossesse non désirée. Hospitalisée pour dépression, elle est traitée par électrochocs, et retrouve son mari qui lui fait une troisième enfant avant de divorcer en 1965. Bien qu’elle enchaine les petits boulots (serveuse, esthéticienne) elle chante depuis l’enfance et, quand elle est remarquée par le producteur Don Chapel, sa carrière décolle. Elle épouse Chapel en 1967, ses trois filles rejoignant les trois filles du premier mariage de Don ! Avec le succès et les tournées internationales, elle se produit en duo avec David Houston, mais surtout George Jones. La collaboration artistique est ressentie par ces deux-là comme un état de grâce, qui bascule rapidement dans la passion amoureuse.


La légende relate une arrivée de Jones au domicile de Don Chapel et Tammy en plein repas de famille, qui se conclut par le départ fracassant de madame avec ses trois filles pour suivre son nouveau chéri. Le divorce avec Chapel est compliqué, ce dernier attaquant Jones en justice pour des droits d’auteur. La presse puritaine accuse Tammy d’opportunisme. Le nouveau mariage se révèle vite toxique. Jones est instable, plante souvent Tammy pour fuir la scène et parfois disparaitre plusieurs jours. La naissance de leur fille Georgette s’accompagne de complications médicales, une hystérectomie et une appendicectomie qui la plongent dans l’abus de drogues pour apaiser une douleur permanente. En 1975, excédée, elle chasse Jones du domicile. Et une fois encore, elle divorce…
George Jones, entré dans une spirale dépressive et autodestructrice accrue, continue cependant d’enregistrer avec elle et de partager des tournées ! Leurs titres reflètent sans complexes les affres de la vie conjugale ! Il n’y a plus aucune distanciation entre le vécu et la mise en scène des récits. On imagine la portée d’une telle situation sur des êtres psychologiquement et physiquement abimés !

The Grand Tour. George Jones. 1975.
(Paroles : George Richey / Carmol Taylor / Norris D Wilson)
Step right up, come on in
If you’d like to take the grand tour
Of a lonely house that once was home sweet home
I have nothing here to sell you
Just some things that I will tell you
Some things I know will chill you to the bond
Over there, sits the chair
Where she’d bring the paper to me
And sit down on my knee
And whisper, « oh, I love you”
But now she’s gone forever
And this old house will never
Be the same without the love
That we once knew
Straight ahead, that’s the bed
Where we’d lay in love together
And Lord knows we had a good thing going here
See her picture on the table
Don’t it look like she’d be able
Just to touch me and say good morning dear
There’s her rings, all her things
And her clothes are in the closet
Like she left them
When she tore my world apart
As you leave you’ll see the nursery
Oh, she left me without mercy
Taking nothing but
Our baby and my heart
Step right up, come on in

Approchez, entrez donc/ Si vous voulez faire le tour du propriétaire/ D’une maison solitaire qui fut jadis un doux foyer/ Je n’ai rien à vous vendre ici/ Juste quelques confidences à vous faire/ Des choses qui, je le sais, vous glaceront jusqu’au plus profond de l’âme/ Là-bas, il y a ce fauteuil/ Où elle m’apportait le journal/ Où elle venait s’asseoir sur mes genoux/ Pour me murmurer : « Oh, je t’aime »/ Mais elle est partie pour toujours/ Et cette vieille maison ne sera plus jamais/ La même sans l’amour/ Que nous avons connu autrefois/ Tout droit, c’est le lit/ Où nous nous aimions tendrement/ Et Dieu sait que nous étions heureux ici/ Voyez sa photo sur la table/ On dirait presque qu’elle pourrait/ Me toucher et me dire : « Bonjour, mon amour”/ Il y a ses bagues, toutes ses affaires/ Et ses vêtements sont dans l’armoire/ Tels qu’elle les a laissés/ Quand elle a brisé mon monde/ En sortant, vous verrez la chambre du bébé/ Oh, elle m’a quitté sans pitié/ N’emportant rien d’autre que/ Notre bébé et mon cœur/ Approchez, entrez donc

Entre 1975 et 1978, les deux enchainent les aventures amoureuses, dans une grande instabilité. Tammy épouse Michael Tomlin en 1976, un flambeur qui lui soutire de l’argent, et le mariage est rompu au bout de six semaines. L’escroc, doublé d’un être particulièrement malfaisant, accepte une procédure d’annulation en échange de 15 000 dollars !
De plus en plus dépendante des opioïdes (qu’elle estime plus sains que l’alcool !) Tammy tombe en 1978 sous la coupe d’un nouveau producteur, George Richey, fraichement divorcé… et suspecté de violence domestique ! Elle épouse Richey dans un état second, d’autant plus que c’est lui qui lui injecte ses doses, ce qui lui permet d’avoir sur elle un contrôle total après avoir fait le vide dans ce qui lui restait d’amis proches. De plus en plus seule, dessaisie du contrôle de sa carrière, elle subit pendant quelques heures un curieux enlèvement assorti d’un tabassage où rien ne lui est volé. Certains supposent qu’il s’agirait d’une mise en scène organisée par Richey pour justifier les bleus et ecchymoses infligés à son épouse !

Pendant ce temps, George Jones sombre dans la cocaïne, manifestant un comportement paranoïaque et de plus en plus erratique. En 1979, devenu une épave au bord de l’agonie; il est hospitalisé. Tammy vient à son chevet et l’aide matériellement.
Dans les années 1980-90 elle connait quelques rebonds dans sa carrière, toujours sous la coupe prédatrice de George Richey. Son addiction s’accroit, alors que Jones semble remonter la pente après plusieurs cures de désintoxication. Les deux se retrouvent pour des collaborations fructueuses au milieu des années 1990. Leurs retrouvailles leur sont bénéfiques. Tammy décède officiellement chez elle d’une embolie pulmonaire en 1998. George Richey hérite de 1 400 000 dollars. Ses trois filles de rien. La mort de “l’héroïne des cœurs brisés” est aussi triste que sa vie.
Dans toute cette misère qu’un scénariste n’oserait pas proposer, faute de vraisemblance, Tammy excelle dans deux titres où la focalisation n’est pas sur l’auto-apitoiement mais sur les dégâts collatéraux infligés aux enfants. On remarquera que George Jones, l’autre grand brulé de l’affaire, a lui aussi interprété, avec ce chef d’œuvre absolu qu’est The Grand Tour, une déchirante mise en scène de la perte et du manque centrée sur l’enfant. George Richey est co-signataire du titre, on a peine à croire que l’odieux personnage ait pu accoucher d’une telle somme de sensibilité.
Enfin il est impossible de ne pas informer le lectorat français d’un certain âge que le tube de Claude François Le téléphone pleure n’est rien d’autre qu’une reprise de The Telephone Call de George et Tammy avec la participation de la petite Tina, enregistré en 1974. C’est dans la comparaison des deux versions que s’opère la différence entre les intonations profondes de Jones (le meilleur chanteur du XXè siècle selon Franck Sinatra) et sa décalque française. ( Le titre fut adapté en Italie et en Espagne et une version de 2010 existe aussi avec la participation de Didier Wampas) !

D.I.V.O.R.C.E. Tammy Wynette. 1968
(Paroles : Curly Putman / Bobby Braddock)
Our little boy is four years old and quite a little man
So we spell out the words we don’t want him to understand
Like T-O-Y or maybe S-U-R-P-R-I-S-E
But the words we’re hiding from him now
Tear the heart right out of me
Our D-I-V-O-R-C-E becomes final today
Me and little J-O-E will be going away
I love you both and this will be pure H-E-double L for me
Oh, I wish that we could stop this D-I-V-O-R-C-E
Watch him smile, he thinks it’s Christmas or his fifth birthday
And he thinks C-U-S-T-O-D-Y spells fun or play
I spell out all the hurting words
And turn my head when I speak
‘Cause I can’t spell away this hurt that’s drippin’ down my cheek
Our D-I-V-O-R-C-E becomes final today
Me and little J-O-E will be going away
I love you both and this will be pure H-E-double L for me
Oh, I wish that we could stop this D-I-V-O-R-C-E

Notre petit garçon a quatre ans et se prend déjà pour un grand/ Alors on épelle les mots qu’on ne veut pas qu’il comprenne/ Comme J-O-U-E-T ou peut-être S-U-R-P-R-I-S-E/ Mais les mots qu’on lui cache à présent/ Me déchirent le cœur/ Notre D-I-V-O-R-C-E est prononcé aujourd’hui/ Le petit J-O-E et moi allons partir/ Je vous aime tous les deux et ce sera un véritable E-N-F-E-R pour moi/ Oh, si seulement on pouvait arrêter ce D-I-V-O-R-C-E/ Regardez-le sourire, il croit que c’est Noël ou son cinquième anniversaire/ Et pour lui, G-A-R-D-E rime avec jeu ou amusement/ J’épelle tous les mots qui font mal/ Et je détourne le regard quand je parle/ Car je ne peux pas l’effacer en épelant cette douleur qui coule sur ma joue/ Notre D-I-V-O-R-C-E est prononcé aujourd’hui/ Le petit J-O-E et moi allons partir/ Je vous aime tous les deux et ce sera un véritable E-N-F-E-R pour moi/ Oh, si seulement on pouvait arrêter ce D-I-V-O-R-C-E

I Don’t Want To Playhouse. Tammy Wynette.
(Paroles de Billy Sherrill et Glenn Sutton)
To-day I sat a-lone at the window
And I watched our little girl outside at play
With the little boy next door like so many times before
But something didn’t seem quite right to-day
So I went outside to see what they were doing
And then the teardrops made my eyes grow dim
Cause I heard him name a game and I hung my head in shame
When I heard our little girl say to him
I Don’t Wanna Play House I know it can’t be fun
I’ve watched mommy and daddy
And if that’s the way it’s done
I Don’t Wanna Play House it makes my mommy cry
Cause when she played house
My daddy said good-bye
I Don’t Wanna Play House I know it can’t be fun
I’ve watched mommy and daddy
And if that’s the way it’s done
I Don’t Wanna Play House it makes my mommy cry
‘Cause when she played house
My daddy said good-bye

Aujourd’hui, j’étais assise seule à la fenêtre./ Et j’ai regardé notre petite fille jouer dehors/ Avec le petit garçon du voisin, comme tant de fois auparavant./ Mais quelque chose clochait aujourd’hui./ Alors je suis sortie pour voir ce qu’ils faisaient./ Et là, les larmes ont embué mes yeux./ Parce que je l’ai entendu nommer un jeu et j’ai baissé la tête de honte./ Quand j’ai entendu notre petite fille lui dire :/ Je ne veux pas jouer au papa et à la maman. Je sais que ce n’est pas amusant./ J’ai vu maman et papa./ Et si c’est comme ça que ça se passe…/ Je ne veux pas jouer au papa et à la maman. Ça fait pleurer maman./ Parce que quand elle jouait à la maison…/ Mon papa a dit au revoir./ Je ne veux pas jouer au papa et à la maman. Je sais que ce n’est pas amusant./ J’ai vu maman et papa.: Et si c’est comme ça que ça se passe…/ Je ne veux pas jouer au papa et à la maman. Ça fait pleurer maman./ Parce que quand elle jouait au papa et à la maman…/ Mon papa lui a dit adieu.

Ce thème est un écho à une chanson précoce, parmi les moins connues de Hank Williams, que nous apposerons en conclusion à la série des malheurs par ricochets. Le culte de la culpabilité est un vieux ressort du Honky Tonk.

Hank avec Audrey, une fan, Thelma (la fille de Roy Acuf) et Billie jean

My Son Calls Another Man Daddy. Hank Williams. 1950.
Tonight my head is bowed in sorrow
I can’t keep the tears from my eyes
My son calls another man daddy
The right to his love I’ve been denied
My son calls another man daddy
He’ll ne’er know my name nor my face
God only knows how it hurts me
For another to be in my place
Each night I laid there in prison
I pictured a future so bright
For he was the one ray of sunshine
That shone through the darkest of nights
Today his mother shares a new love
She just couldn’t stand my disgrace
My son calls another man daddy
And longs for the love he can’t replace
My son calls another man daddy
He’ll never know my name nor my face
God only knows how it hurts me
For another to be in my place

Ce soir, je baisse la tête, accablé de chagrin/ Je ne peux retenir les larmes qui coulent de mes yeux/ Mon fils appelle un autre homme “papa”/ On m’a privé du droit à son amour/ Mon fils appelle un autre homme “papa”/ Il ne connaîtra jamais ni mon nom ni mon visage/ Dieu seul sait combien je souffre/ De voir un autre prendre ma place/ Chaque nuit, allongé dans ma cellule/ J’imaginais un avenir radieux/ Car il était l’ unique rayon de soleil/ Qui perçait les ténèbres les plus profondes/ Aujourd’hui, sa mère vit une nouvelle histoire d’amour/ Elle n’a pas supporté mon déshonneur/ Mon fils appelle un autre homme “papa »/ Et aspire à un amour qu’on ne peut remplacer/ Mon fils appelle un autre homme “papa”/ Il ne connaîtra jamais ni mon nom ni mon visage/ Dieu seul sait combien je souffre/ De voir un autre prendre ma place.

5- La vie d’après…

Le divorce consommé, la suite s’organise selon deux grands schémas. Pour les inconsolables, il y a une impossibilité de sortir du trauma, souvent prélude à l’autodestruction et au suicide. Thèmes déjà abordées dans notre article sur les chagrins d’amour et l’alcool. Se déploient dans ce registre des trésors de noirceurs. Dans l’autre cas, la libération s’accompagne d’une renaissance, d’un soulagement, d’un retour à la vie. Avec parfois l’expression d’une envie de vengeance. George Strait dédramatise la situation avec légèreté, “une de perdue, dix de retrouvées”, sa seule contrariété est due à un exil forcé.

All My Ex Live in Texas. George Strait. 1987
(Paroles : Lyndia J. et Sanger D. Shafer)
All my exes live in Texas
And Texas is a place I’d dearly love to be
But all my exes live in Texas
And that’s why I hang my hat in Tennessee
Rosanna’s down in Texarkana
Wanted me to push her broom
Sweet Eileen’s in Abilene
She forgot I hung the moon
And Allison’s in Galveston
Somehow lost her sanity
And Dimples who now lives in Temple’s
Got the law looking for me
All my exes live in Texas
And Texas is a place I’d dearly love to be
But all my exes live in Texas
And that’s why I hang my hat in Tennessee
I remember that old Frio River
Where I learned to swim
But it brings to mind another time
Where I wore my welcome thin
By transcendental meditation
I go there each night
But I always come back to myself
Long before daylight
All my exes live in Texas
And Texas is a place I’d dearly love to be
But all my exes live in Texas
Therefore I reside in Tennessee
Some folks think I’m hidin’
It’s been rumored that I died
But I’m alive and well in Tennessee

Toutes mes ex vivent au Texas/ Et le Texas est un endroit où j’aimerais tant être. Mais toutes mes ex vivent au Texa/ / C’est pourquoi j’ai posé mes valises dans le Tennessee/ Rosanna est là-bas à Texarkana/ Elle voulait que je manie le balai pour elle/ La douce Eileen est à Abilene/ Elle a oublié que j’avais décroché la lune/ Et Allison est à Galveston/ Elle a fini par perdre la raison/ Et Dimples, qui vit maintenant à Temple/ A lancé la police à mes trousses/ Toutes mes ex vivent au Texas/ Et le Texas est un endroit où j’aimerais tant être/ Mais toutes mes ex vivent au Texas/ C’est pourquoi j’ai posé mes valises dans le Tennessee/ Je me souviens de cette vieille rivière Frio/ Où j’ai appris à nager/ Mais cela me rappelle une autre époque/ Où j’avais fini par lasser mon entourage/ Grâce à la méditation transcendantale/ Je m’y rends chaque nuit/ Mais je reviens toujours à moi-même/ Bien avant le lever du jour/ Toutes mes ex vivent au Texas/ Et le Texas est un endroit où j’aimerais tant être/ Mais toutes mes ex vivent au Texas/ C’est pourquoi je réside dans le Tennessee/ Certains pensent que je me cache/ La rumeur court que je suis mort/ Mais je suis bien vivant dans le Tennessee

Parmi les inconsolables, Gary Stewart s’enfonce dans la déglingue (on est ici dans l’autobiographie).

Single Again. Gary Stewart 1978
Today, I heard the awful news
Someone told the gospel truth
Said you’ve been running ‘round
With a stranger who just hit town
He’s got a black mustache and a red Cadillac
Now he’s got you
And I’ve got two divorce lawyers on my back
Single again. Back on the streets again
The old bars ain’t changed much
Just a new face or two
When you’re out of touch
Single again. Born to lose, dying to win
Only thing I’m running from
Is the alimony man
Because I’m single again
Drifting around from bar to bar
Running into our old friends
They won’t know where ya are
Last I heard, a little while back
You were cruising town in his Cadillac
Drinkin’ champagne, showing off a diamond ring
I’m getting by in these hard times
Livin’ from drink to drink
Single again. A-back on the streets again
The old bars ain’t changed much
Just a new face or two
When you’re out of touch
Single again. Born to lose, dying to win
The only thing I’m a-running from
Is the alimony man. ‘Cause I’m single again

Aujourd’hui, j’ai appris une terrible nouvelle/ Quelqu’un m’a dit la pure vérité/ Il a dit que tu battais le pavé/ Avec un inconnu fraîchement débarqué en ville/ Il a une moustache noire et une Cadillac rouge/ Maintenant, il t’a conquise/ Et moi, j’ai deux avocats spécialisés dans le divorce sur le dos/ Célibataire à nouveau/ De retour dans la rue/ Les vieux bars n’ont pas beaucoup changé/ Juste un ou deux nouveaux visages/ Quand on est coupé du monde/ Célibataire à nouveau/ Né pour perdre, mourant d’envie de gagner/ La seule chose que je fuis/ C’est le percepteur de la pension alimentaire/ Parce que je suis de nouveau célibataire/ J’erre de bar en bar/ Je croise nos vieux amis/ Ils ne savent pas où tu es/ Aux dernières nouvelles, il y a quelque temps/ Tu sillonnais la ville dans sa Cadillac/ En buvant du champagne, en exhibant une bague en diamant/ Je m’en sors tant bien que mal en ces temps difficiles/ Je vis d’un verre à l’autre/ Célibataire à nouveau/ De retour dans la rue/ Les vieux bars n’ont pas beaucoup changé/ Juste un ou deux nouveaux visages/ Quand on est coupé du monde/ Célibataire à nouveau/ Né pour perdre, mourant d’envie de gagner/ La seule chose que je fuis/ C’est le percepteur de la pension alimentaire/ Parce que je suis de nouveau célibataire

Curieusement cet étranger avec Cadillac et moustache noire fait écho à un titre rockabilly ancien de Warren Smith évoqué dans notre article sur l’automobile dans la Country Music. Quant à Doug Stone, il est irrécupérable, détruit, au bord du suicide :

I’d Be Better off in a Pine Box Doug Stone. 1990.
Well, I said the night you left me nothin’ worse could ever happen
But seein’ you with someone else proved that I was wrong
And when your eyes met mine I knew you were gone forever
Along with all the reasons I had for hangin’ on
Well, I’d be better off in a pine box on a slow train back to Georgia
Or in the gray walls of a prison doin’ time
And I think I’d rather die and go to Hell and face the Devil
Than to lie here with you and him together on my mind
Well, I always thought that someday we might get back together
I just thought you needed time to spread your wings and fly
But when I saw the lovin’ way you held onto each other
It was all that I could do not to break right down and cry
Well, I’d be better off in a pine box on a slow train back to Georgia
Or in the gray walls of a prison doin’ time
And I think I’d rather die and go to Hell and face the Devil
Than to lie here with you and him together on my mind
Well, girl, I’d be better off in a pine box on a slow train back to Georgia, Or in the gray walls of a prison doin’ time
I think I’d rather die and go to Hell and face the Devil
Than to lie here with you and him together on my mind
I can’t lie here with you and him together on my mind

J’avais dit, le soir où tu m’as quitté, que rien de pire ne pouvait arriver/ Mais te voir avec un autre m’a prouvé que j’avais tort/ Et quand nos regards se sont croisés, j’ai su que tu étais partie pour de bon/ Emportant avec toi toutes les raisons qui me poussaient à tenir bon/ Je serais mieux dans un cercueil de pin, à bord d’un train lent vers la Géorgie/ Ou derrière les murs gris d’une prison, à purger ma peine/ Et je crois que je préférerais mourir, aller en enfer et affronter le Diable/ Plutôt que de rester là, à penser à toi et à lui ensemble./ J’ai toujours cru qu’un jour nous pourrions nous retrouver/ Je pensais juste que tu avais besoin de temps pour reprendre ton envol/ Mais quand j’ai vu avec quelle tendresse vous vous teniez l’un l’autre/ J’ai eu toutes les peines du monde à ne pas m’effondrer et pleurer/ Je serais mieux dans un cercueil de pin, à bord d’un train lent vers la Géorgie/ Ou derrière les murs gris d’une prison, à purger ma peine/ Et je crois que je préférerais mourir, aller en enfer et affronter le Diable/ Plutôt que de rester là, à penser à toi et à lui ensemble/ Oui, je serais mieux dans un cercueil de pin, à bord d’un train lent vers la Géorgie/ Ou derrière les murs gris d’une prison, à purger ma peine/ Je crois que je préférerais mourir, aller en enfer et affronter le Diable/ Plutôt que de rester là, à penser à toi et à lui ensemble/ Je ne peux pas rester là, à penser à toi et à lui ensemble

Il existe aussi une forme de libération, celle des “ravis” de la situation, comme le fut parfois George Jones ou comme l’expriment Les Derailers pour qui la liberté écarte le problème :

Someone Else’s Problem. The Derailers. 1999.
Now she’s someone else’s problem, and I’m finally free
From all the daily heartache and night time misery
Troubles they’re all over, she’s just a memory
Someone else’s problem, that’s all she is to me
I was goin’ crazy, out of my mind
Closer to the edge day by day
Step by step, walkin’ that line
When another fool stepped in to take my place
Now she’s someone else’s problem, and I’m finally free
From all the daily heartache and night time misery
Troubles they’re all over, she’s just a memory
Someone else’s problem, that’s all she is to me
I was always out of money, workin’ overtime
While she ran up bills, I couldn’t pay
All my friends say, she’s lookin’ fine
Since she’s been gone, I feel the same
Now she’s someone else’s problem, and I’m finally free
From all the daily heartache and night time misery
Troubles they’re all over, she’s just a memory
Someone else’s problem, that’s all she is to me (2)

Maintenant, c’est le problème de quelqu’un d’autre, et je suis enfin libre/ Libéré de tous ces chagrins quotidiens et de ces tourments nocturnes/ Mes soucis sont terminés, elle n’est plus qu’un souvenir/ Le problème de quelqu’un d’autre, voilà ce qu’elle est pour moi/ Je devenais fou, je perdais la tête/ Je frôlais le gouffre jour après jour/ Pas à pas, je marchais sur le fil du rasoir/ Quand un autre imbécile a pris ma place/ Maintenant, c’est le problème de quelqu’un d’autre, et je suis enfin libre/ Libéré de tous ces chagrins quotidiens et de ces tourments nocturnes/ Mes soucis sont terminés, elle n’est plus qu’un souvenir/ Le problème de quelqu’un d’autre, voilà ce qu’elle est pour moi/ J’étais toujours fauché, à faire des heures supplémentaires/ Pendant qu’elle accumulait des factures que je ne pouvais pas payer/ Tous mes amis disent qu’elle a l’air radieuse/ Depuis qu’elle est partie, je me sens tout aussi bien/ Maintenant, c’est le problème de quelqu’un d’autre, et je suis enfin libre/ Libéré de tous ces chagrins quotidiens et de ces tourments nocturnes/ Mes soucis sont terminés, elle n’est plus qu’un souvenir/ Le problème de quelqu’un d’autre, voilà ce qu’elle est pour moi (x2).

Quelques variations et sourires sur le thème

6- Conclusion provisoire ?

Le thème du divorce et de ses conséquences n’a pas déserté le registre de la Country Music et ses dérivées ; il a cependant connu une décrue après le pic des années 1960-70. Par lassitude du public devant l’usure du thème, par le renouvellement de l’auditoire et l’émergence de nouveaux styles moins focalisés sur l’introspection existentielle douloureuse. Certes, les néo-traditionnalistes des années 1990 ont poursuivi l’exploitation, mais celle-ci s’accordait mal avec le Punktry ou le Bro Country. Il n’en reste pas moins que les générations passées nous laissent une montagne, une somme de reflets d’une expérience que nous ne souhaitons pas vivre nécessairement, mais qui relèvent toujours de l’universel. Vaut-il mieux être seul que mal accompagné ? Le corpus permet la mise en perspectives comparées de toutes les situations. © Eric Allart (Août 2026)

Photo sur Facebook : « It’s either her way … or the highway » (Ph Darren Greenwood). « On dirait Johnny Cash mis en scène par Jim Jarmush » (Eric Allart)

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