MARTY STUART : Songs I Sing In The Dark

Interview “Eyes Wide Shut” par Romain Decoret

John Marty Stuart est né à Philadelphia, Mississippi. Enfant prodige à la mandoline et à la guitare, il commence en 1970 à l’âge de 12 ans avec les légendes country Carl & Pearl Butler, puis avec le groupe de bluegrass des Sullivan Family Gospel Singers. Il tourne ensuite avec Lester Flatt & The Nashville Grass, faisant ses débuts au Grand Ole Opry à 13 ans. Après avoir joué avec le violoniste Vassar Clements, il rejoint le groupe de Johnny Cash dès ses 21 ans avant de se lancer en solo. Musicien inspiré, vocaliste distinctif, songwriter adroit, poète, leader inlassable de ses Fabulous Superlatives, photographe, collectionneur, historien et performer, Marty Stuart occupe une place bien personnelle dans l’univers de la country-music. Bien qu’il soit un traditionnaliste convaincu, il encourage l’expansion en donnant à la country une audience mondiale. Intronisé au Hall Of Fame de Nashville, avec 5 Grammy Awards, Marty Stuart nous parle depuis Nashville de son dernier album, Songs I Sing In The Dark, enregistré en solo et en acoustique…

Hi Marty. D’où est venue l’idée de Songs I Sing In The Dark ?
Je venais de sortir Way Out West, dont le thème était la country-music californienne, de Buck Owens aux Byrds, Gram Parsons et les Flying Burritos Brothers. Puis il y a eu le Covid 19 et le confinement. Je ne pouvais pas laisser une telle catastrophe m’obliger à tout arrêter. Je ne pouvais pas rappeler mon groupe, the Fabulous Superlatives. D’où l’idée d’enregistrer seul, avec ma guitare acoustique. Le titre de l’album, Songs I Sing In The Dark (chansons que je peux chanter les yeux fermés), évoque bien le thème général. J’avais une longue liste de chansons que je chante pour moi-même quand je suis seul. Elles vont de l’obscur aux standards et à certains de mes titres favoris. Jusque là, je n’avais pas vraiment établi cette liste. Quand je l’ai fait, j’ai réalisé que c’étaient de grandes chansons qui devaient absolument être préservées et passées à la postérité. Leurs auteurs et interprètes sont des artistes dont la présence et les textes sont brillants, tout comme les musiciens et arrangeurs. Merle Haggard, Tommy Cash (nb. frère de Johnny Cash), A.P. Carter de la Carter Family, Willie Nelson, Waylon Jennings, Crystal Gayle, mais aussi dans d’autres territoires musicaux avec Johnny Rivers, Tom Petty et Steve Miller. Après cette révélation, j’ai été inspiré et je me suis mis au travail sur l’idée de Songs I Sing In The Dark.

Vous avez innové dans la manière de présenter le tout au public. D’abord sur le web, titre par titre et ensuite en disque. Comment en avez-vous eu l’idée ?
C’est toujours le résultat de ce damné Covid et du confinement. Pratiquement personne ne sortait plus et toute la communication se faisait par le web. Il n’y avait aucune raison de mettre en vente un album physique que personne ne verrait dans les magasins désertés. La solution était d’utiliser mon site et d’autres plate-formes digitales pour le sortir chanson par chanson et maintenir la communication avec les fans de country-music. Le disque sortira cette année, mais j’en ai déjà enregistré un autre, avec les Fabulous Superlatives cette fois.

Quelle est le premier titre que vous avez choisi et mis en ligne ?
Ready For The Times To Get Better, écrit par Jack Moran pour Crystal Gayle. Une de mes chansons favorites depuis longtemps. Je la chante souvent quand je suis seul avec ma guitare et c’est exactement comme cela que je l’ai enregistrée. Le thème est cet optimisme profond de la country-music qui fait que l’on regarde vers des temps meilleurs malgré les tempêtes, les inondations et la désolation. Pour moi, c’est aussi un résumé du thème de ce projet tout entier.

Où avez-vous enregistré ?
Dans le home studio de mon ancienne maison, près de Nashville. J’ai apporté mes guitares acoustiques et des micros de ma collection et j’ai enregistré une vingtaine de chansons. Certaines sont actuelles, d’autres sont mes chansons et d’autres encore sont des standards ou des classiques.

D’où vient Six White Horses ?
De Tommy Cash. En 1969 ma mère m’a emmené avec ma sœur Jennifer assister au Johnny Cash Show au Mississippi Coliseum de Jackson. J’avais onze ans et j’ignorais que je deviendrai ensuite le guitariste de Johnny Cash. Chaque membre du show chantait à tour de rôle : les Tennessee Three, Mother Maybelle, June Carter, Carl Perkins. Quand les spots ont éclairé Tommy Cash, il a chanté sa composition Six White Horses qui traitait des assassinats de John Kennedy, Martin Luther King et Robert Kennedy. Je n’avais que onze ans mais j’ai compris l’image des six chevaux blancs qui tiraient le cercueil de Kennedy du Capitol au cimetière d’Arlington. Quand j’y pense, je vois qui a fallu beaucoup de courage de la part de Tommy Cash pour chanter cela à ce moment particulier, c’était dangereux. Aujourd’hui encore, la chanson a sur moi un effet hypnotique qui me transporte dans le temps, jusqu’à ce show de 1969. Il y a quelques années, j’ai commencé à jouer Six White Horses avec The Fabulous Superlatives et c’est devenu une partie importante du show. Elle peut durer quatre minutes, ou devenir un tapis volant de dix minutes quand on s’y prend bien. Une aventure musicale qui est à la fois une leçon d’histoire et un commentaire social.

Quelle est histoire de One In a Row de Willie Nelson ?
Willie l’a écrite vers le milieu des sixties pour un album chez RCA, Make Way For Willie Nelson. C’est l’autoportrait d’un homme qui évolue vers le monde intérieur au plus profond de son âme. L’architecture musicale du A Team de Nashville est d’une parfaite pureté. Mais c’est l’idée, le texte, l’âme du poète qui est importante ici. J’ai entendu cette chanson pour la première fois voici une vingtaine d’années, longtemps après qu’elle a été écrite et elle m’a suivi depuis, comme un ami fidèle, comme Willie. Une excellente chanson à chanter les yeux fermés…

C’est un peu étonnant de vous entendre chanter Poor Side Of Town de Johnny Rivers…
Dans les Sixties, Johnny Rivers était spécialement populaire dans le Sud. Ses chansons semblaient flotter au gré du vent, sans frontières musicales. Johnny Rivers avait du style. Sa Gibson rouge, ses vêtements, sa “vibe” californienne et spécialement ses radio-hits faisaient de lui le “cat” le plus cool. Je suis devenu un fan quand j’ai entendu son Secret Agent Man et je pense toujours que c’était un de ses meilleurs hits ! Mais Poor Side Of Town , qu’il avait écrite avec l’harmoniciste Lou Asler; est la chanson qui m’a suivi année après année. J’ai toujours aimé la chanter, rien que pour jouer le riff de guitare sur lequel elle est structurée. Quand Johnny Rivers a été invité sur mon show télévisé, je lui ai demandé de jouer Poor Side Of Town et il sonnait super-bien. Cette rencontre est la seule que j’ai eue avec Johnny, un grand artiste, essentiel, qui devrait être intronisé au Rock ’n’ Roll Hall Of Fame. Et Poor Side Of Town est qu’une des nombreuses raisons pour laquelle il mérite cet honneur.

C’est inattendu également de trouver Fault Lines un titre de Tom Petty que vous jouez à la mandoline au milieu de chansons de Merle Haggard, Waylon Jennings, Johnny Cash et Willie Nelson. Quelle en est la raison ?
J’ai toujours dit que j’étais un fan de Tom Petty. En 2014, en tournée au Canada, j’ai acheté son album Hypnotic Eye. Je l’ai écouté sur mon bus et quand Fault Lines (Lignes de séisme) est arrivé, je me suis levé, j’ai monté le son au maximum et l’ai écouté jusqu’à ce que les Fabulous Superlatives commencent à protester. J’ai appelé Tom Petty et son guitariste Mike Campbell et commencé à devenir extatique au sujet de cette chanson. Ils m’ ont laissé faire pendant quelques minutes puis ont dit : “Alors tu aimes ce morceau ?”. On a explosé de rire et continué à rouler. J’ai ensuite eu Mike Campbell comme producteur d’un de mes disques. Quand j’ai enregistré Fault Lines je l’ai appelé pour le questionner sur un accord particulier qu’il jouait. Mike Campbell m’a donné une leçon express et quand j’ai raccroché, j’avais compris. J’ai décidé de l’enregistrer à la mandoline, qui est mon premier instrument professionnel avec The Sullivans, avant que je ne rejoigne Lester Flatt, puis Johnny Cash comme guitariste.

Dans le même ordre d’idée, vous reprenez Space Cowboy de Steve Miller, un morceau de 1968 du Steve Miller Band…
J’avais dix ans en 1968 mais je me souviens l’avoir entendu à la radio et c’était, avec le recul, de la country psychédélique. C’est devenu une réalité l’année suivante quand Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont marché sur la Lune. J’ai tourné avec Steve Miller pendant l’été 2019, nous avons beaucoup joué ensemble sur le bus et il m’a appris deux ou trois choses pour jouer cette chanson que j’ai tenu à enregistrer.

Avec sa sœur Jennifer en 1968

Revenons aux classiques Vous revisitez l’époque “outlaw” de Waylon Jennings avec ThisTime ?
Le terme “outlaw” représente l’indépendance, une pensée musicale progressive, mais ultimement la liberté artistique. Le QG du mouvement outlaw était Hillbilly Central, le studio de Tompall Glaser mais les clubs où jouer étaient dans Elliston Place, une rue du West Ends de Nashville. C’est là que j’ai rejoint la parade début 1974. Waylon était le pape du mouvement, le roi des Telecaster Cowboys. Elliston Place était comme Paris dans les années 1920, bohémiens, songwriters, photographes, guitar-pickers, poètes, stars, managers et producteurs. A ce moment-là, Waylon & Willie n’avaient pas encore explosé dans le grand public mais on pouvait ressentir la terre trembler dans cette direction. Waylon a écrit alors des chansons que je considère comme ses meilleures, celles qui lui ont valu le statut de superstar. Lonesome, Ornery and Mean, Rambling Man, Ladies Love Outlaws et The Taker sont de bons exemples. Chacun a sa chanson favorite, mais la mienne est This Time, 2mn26s de splendeur cool, comme ce vieux Waymore (nb. surnom de Waylon Jennings).

D’où vient le choix de Can’t Hold Myself In Line de Merle Haggard ?
C’est de l’humour entre The Hag et Johnny Cash. Johnny chantait I Walk The Line et Merle a décrit sa propre vie dans I Can’t Hold Myself In Line. De la même manière Johnny avait invité Haggard dans son show TV : “Tu sais Johnny, je t’ai vu quand tu as joué à San Quentin. -Ah ? Tu étais là, Merle ?, – Oui, Johnny, j’étais dans l’audience, parmi les prisonniers”. Ils se faisaient toujours des blagues comme ça. Et puis j’adore le son Telecaster des chansons de Merle Haggard.

La partie traditionnelle du répertoire de Songs I Sing In The Dark comprend Smoke On The Mountain d’A.P. Carter & The Carter Family. Comment l’avez-vous apprise ?
J’étais dans le groupe de Johnny Cash avec June Carter. Evidemment je la noyais de questions sur la Carter Family et elle m’a joué entre autres à la guitare les chansons d’A.P. Carter. Smoke On The Mountain est l’essence même du hillbilly de Caroline du Nord, à l’origine de la naissance de la country-music et du bluegrass. Difficile de trouver mieux et c’est resté le morceau que je joue le plus souvent à la guitare.

Skip A Rope est un traditionnel. D’où vient cette chanson ?
J’ai grandi dans le Mississippi et il y avait une console stéréo dans le salon avec un bass-booster qui donnait à la country-music un son fabuleux. La plupart des chansons que j’ai entendues vers 1968 touchent encore mon cœur aujourd’hui. Skip A Rope par Henson Cargill est une de celles-là. Il y avait une dose de cool dans sa manière de chanter qui le mettait à part, au-dessus des autres hits de l’époque. Le A-Team de Nashville lui fournit une fondation musicale rock-solid pendant qu’Henson raconte son histoire. Je l’ai toujours imaginé avec une cigarette allumée dans la main gauche pendant qu’il chante. Quand la prise est finie, il ne reste que de la fumée et des cendres. La chanson est un véritable monument et a été le plus grand hit de Henson Cargill. Rien de ce qu’il a sorti ensuite n’était aussi magnifique. Mais comme me l’a dit un musicien du A-Team : “Après Skip-A-Rope, tu n’as besoin de rien d’autre”.

Jouer Orange Blossom Special seul en acoustique est une performance. Quelle en est l’historique ?
Je le joue depuis l’âge de 12 ans et je peux le faire à la mandoline, au banjo, à la doghouse bass (contrebasse) et à la guitare. Je l’ai joué à 12 ans avec la Sullivan Family, puis à 13 ans avec Lester Flatt. J’ai tourné pendant 4 ans dans le groupe de Johnny Cash et Orange Blossom Special était une partie importante du show. Je me suis inspiré de sa version, Johnny adorait les chansons de trains et celle-là évoque les Okies (originaires de l’Oklahoma) chassés de leurs terres par la sècheresse et les dust-bowls. Ils célébraient le train qui les emmenait en Californie, pays où étaient cultivées les oranges, d’où le surnom du train.

Vous reprenez aussi des titres de votre propre répertoire, Matches, Heartbreak Kind, Honky Tonk, Cry Tomorrow et The Sun Don’t Shine No More. Qu’est ce qui vous a amené à réenregistrer ces chansons ?
Il y aura toujours des critiques bien intentionnés pour dire que ce sont les droits d’auteur, mais en réalité beaucoup d’entre elles proviennent de songwriters que j’apprécie, comme Harlan Howard pour Padre/ The Wall ou Paul Kennerly sur Heartbreak Kind. Matches est celle qui me tient le plus à cœur, elle date de 1987, la pire période de ma vie. J’étais au milieu d’un divorce, je dormais sur le plancher du studio de Cowboy Jack Clement, vivant au jour le jour en évitant les miroirs qui me disaient la vérité sur l’état dans lequel j’étais. Ralph Mooney tenait la pédal-steel, Emmylou Harris était dans les chœurs, Warren Haynes jouait du slide. Charlie Craig & Keith Stegall m’ont apporté cette chanson, Matches. L’ingé-son a trouvé un son classique pour ma Telecaster et nous avons expérimenté un phantom-moment. Le feeling a envahi soudain le studio, il resta quelques instants pendant que je jouais la partie de guitare et il repartit aussi vite qu’il était arrivé. Je n’avais fait qu’une prise et je ne n’aurais pas pu la refaire, même si ma vie en dépendait. Je la joue toujours avec les Fabulous Superlatives et je tenais à l’inclure sur ce disque. La morale est : le mauvais temps passera, chérissez les moments magiques, ayez toujours près de vous une guitare bien accordée et enfin, jouez avec les allumettes (matches). Ça ne vous brûlera pas si vous le faites en Mi majeur !

Vous avez une méthode spécifique de travail musical ?
Non. L’important est de jouer en acoustique avant de passer au reste, pour avoir une idée claire de ce que l’on va jouer. Si je ne le fais pas, je n’arrive pas à me figurer la mélodie et la profondeur du morceau. Le bluegrass et la country-music sont comme le blues et le jazz. Ce n’est pas pour tout le monde. Il faut le vouloir, mais quand tu as attrapé la fièvre, ça te va directement au coeur. Je l’ai attrapée quand j’avais 12 ans, j’avais un mediator de Bill Monroe et à l’école à Philadelphia, Mississippi, personne n’en comprenait la signification, mais je savais que j’avais une fusée dans ma poche.

Quelles guitares acoustiques avez-vous utilisées sur ces chansons ?
Pour les jouer quand je suis seul, les yeux fermés, j’ai deux petites guitares que je garde chez moi, dans le bus de tournée ou dans ma chambre d’hôtel. Une Baby Martin et une Ernie Ball Half Writer’s Guitar. En studio, j’ai apporté une Martin D-28 de 1952 qui a appartenu à Edd Mayfield, un guitariste de Bill Monroe. Marty Lanham l’a montée avec un système Fishman : un micro dans le chevalet et un micro interne pour la stéréo. Mais je n’ai pas utilisé ces micros pour tous les morceaux, la D-28 sonne superbement toute seule devant un Shure. Elle a un “sweet spot”, qui se trouve sur le haut de la rosace, près du manche. Si j’attaque les cordes à cet endroit avec ma main droite, le son est fantastique. Toutes les grandes guitares ont un “sweet spot”, le trouver est le travail d’une vie entière. J’ai aussi pris une D-45 vintage, je peux mettre un micro n’importe où , devant ou sur cette guitare et elle sonne bien. Ma mandoline est une Gibson F-5 de 1972, avec des clip-micros sur les ouïes en “F”, mais là non plus, je ne les ai pas beaucoup utilisés.

Vous êtes également connu pour être un collectionneur de guitares légendaires. Vous en achetez toujours ?
J’essaye vraiment de ne pas trop en acheter. J’en ai laissé beaucoup au musée de la Country de Nashville. J’en suis arrivé au point où j’ai deux stocks, la collection et les guitares de travail. Mais comme tu le sais, de temps en temps, il y en a une qui te touche au cœur. Par exemple, une Martin de collection, il faut que je l’aie pour mes archives.
 
Vous avez un nombre invraisemblable de Télécaster. Laquelle a vraiment le Mojo ?
Je dirais que c’est la Telecaster manche palissandre de Pops Staples, celle qu’il joue dans le film de Martin Scorsese, The Last Waltz. Ce sont Mavis et Yvonne Staples, les filles de Pops, qui me l’ont offerte. C’est un véritable instrument de lumière, une Excalibur de la guitare. Probablement le meilleur Mojo que je pouvais espérer.

Comment avez-vous découvert Clarence White et hérité de sa Telecaster ?
Par son frère, Roland White. Il est responsable de ma carrière. Je l’ai connu quand j’ai commencé à jouer à 12 ans dans le circuit bluegrass. Roland jouait de la mandoline dans le groupe de Lester Flatt, il m’a dit de l’appeler. J’ai mis son numéro dans l’étui de ma mandoline et quand le moment est venu, je l’ai utilisé. Il m’a invité à Nashville, Lester Flatt m’a entendu jouer et m’a offert d’entrer dans son groupe. Je suppose que c’est parce que j’avais 13 ans, plutôt que pour mon jeu. J’ai vécu dans la maison de Roland jusqu’à ce que mes parents viennent à Nashville. Il avait une incroyable collection de disques. Je savais que Roland et Clarence avaient eu un groupe, The Kentucky Colonels, mais il y avait cette pile de disques des Byrds. J’étais étonné et lui ai demandé : « Tu apprécies vraiment les Byrds ? » et il m’a dit : « Well, mon frère joue de la guitare avec eux. » Et c’est comme ça que j’ai découvert Clarence. J’ai essayé de jouer avec un B-Bender, que j’ai demandé à Shot Jackson de monter sur une Telecaster en 1974. Mais je ne trouvais pas le bon son, j’étais dans la bonne zone, mais la guitare de Clarence, c’est autre chose. Bien des années plus tard, Roland m’a arrangé une entrevue dans le Kentucky chez Suzie, la veuve de Clarence. Elle m’a montré la Telecaster 54 avec le B-Bender inventé par Clarence et Gene Parsons, le batteur des Byrds qui était aussi machiniste. J’étais fasciné. Elle m’a proposé de me la vendre pour 1450 $, je lui ai dit que la seule corde de Mi coûtait plus que ça, je lui aurais fait un chèque en blanc si elle l’avait demandé ! Je n’ai pas acheté cette guitare, j’ai juste acheté le droit de l’emprunter. C’est devenu mon premier instrument et j’ai enregistré en 2010, The Studio B Sessions, un album avec ce monument historique. Cette guitare de superpicker a aussi a son propre Mojo. Les deux mécaniques des cordes de Mi Grave et aigu ont été remplacées par des mécaniques de banjo d’Earl Scruggs. Le micro chevalet est un Velvet Hammer du steel-guitarist Red Rhodes. Le corps est de 1954, mais Clarence a changé le manche pour un V-Neck Custom de 69/ 70. Quand je l’ai sur scène, il y a des gens qui ne viennent que pour la voir, comme par exemple un ex-roadie des Byrds qui était au bord des larmes en la voyant sur le stand devant mon ampli. Je lui ai mis la guitare dans les mains, après tout c’est le but ultime de ma collection.

Quelles sont les autres guitares mythiques que vous avez ?
“Hank”, une Martin D-45 d’avant-guerre qui a appartenu à Hank Williams. Neil Young en a une qu’Audrey, la veuve de Hank lui a vendue. Mais celle que j’ai a ensuite été la propriété de Hank Williams Jr, qui l’a revendue à Johnny Cash. Johnny a fait incruster son propre nom sur la 12ème frette. J’avais une guitare originale de Merle Travis et je l’ai échangée contre “Hank” parce que Johnny voulait celle de Merle Travis. Une pièce historique que j’ai déposée au musée du Country Music Hall Of Fame. “Lester” est une Martin D-28 de 1950 que j’ai vu Lester Flatt jouer tous les soirs quand j’étais dans son groupe. Il avait fait monter une plaque de garde extra-large pour parer les coups de médiator quand il jouait en flat-picking. Elle est aussi au musée du Hall Of Fame. Dans mes guitares de travail, j’ai une Martin I-17 de 1932 et des Gibsons plus récentes, une J-200 de 1987 et une J-180 de 1990.

Des guitares électriques aussi ?
J’ai hérité d’une Stratocaster 1983 de Carl Perkins et d’une Gibson Switchmaster ES-511 du Chuck Wagon Gang. “Wayne” est la Jazzmaster 62 Olympic White de Wayne Moss qui l’a jouée sur les enregistrements de Pretty Woman de Roy Big O Orbison, Only Daddy That’ll Walk The Line de Waylon Jennings ou Almost Persuaded de David Houston.

Combien de Telecaster avez-vous ?
Une centaine. Des Esquire de 52, des Tele de chaque année des fifties, des Tele Paisley de 68/ 69 et des Reissues avec le même B-Bender que la Télé de Clarence White. Je suis tellement habitué au B-Bender original de Clarence que toutes les autres Tele me paraissent trop légères.

Vous avez aussi une collection extensive d’artefacts de la country-music. Comment avez vous commencé à les réunir ?
A l’âge de 12 ans, avec le mediator de Bill Monroe dont je te parlais tout à l’heure. J’ai continué avec les cordes des plus grands guitaristes country, puis leurs tenues de scène : la chemise à franges de Hank williams de 1951, le premier costume noir de Johnny Cash de 1955, les boots de Patsy Cline, le costume de Porter Wagoner de 1963. J’ai visité le premier Hard-Rock Cafe de Londres et je me suis dit qu’il fallait faire la même chose pour la country-music. Une grande partie de ma collection est exposée au Country Hall Of Fame de Nashville. Actuellement je vais ouvrir à Philadelphia, Mississippi, le musée de l’Ellis Theater où se trouvent les plus de 20 000 pièces de ma collection. Je suis photographe aussi et les plus grandes stars ont été mes modèles, comme dans l’ultime séance photo de Bill Monroe, peu avant sa mort. Dans le Mississippi, il y a déjà le musée de Tupelo, consacré à Elvis et le musée du blues de Clarksdale. Maintenant il y a dans ma ville natale le musée de la country-music.

Avez-vous une anecdote au sujet de Johnny Cash ?
Avec Johnny, j’ai appris à ne jamais abandonner ce qui est décidé. Même si personne ne s’intéressait à son projet, que ce soit ses enregistrements live dans les prisons ou bien plus tard enregistrer avec Rick Rubin des duos avec Elvis Costello, Johnny continuait sans perdre son interêt original. Et il finissait toujours par gagner ! D’un autre côté, il voyait les défauts en toi et il savait appuyer là où ça fait mal, pour mieux te guérir. J’ai joué avec lui pendant quatre ans et il savait que j’étais crazy au sujet des guitares vintage. Pour me guérir de ça, il a choisi un soir où je jouais sur une Martin de 1932 que j’adorais. Il y avait un kid au premier rang, aussi jeune que moi à mes débuts et Johnny est venu vers moi, a pris ma Martin et l’a donnée à ce gamin. Mais j’ai compris sa leçon, il faut savoir rester détaché. Evidemment, ensuite Johnny m’a échangé sa Martin D-45 de 1943 qui avait appartenu à Hank Williams, contre une Bixby de Merle Travis.

Ph. Alysse Gafkjen

Vous tournez actuellement ?
Au Canada et aux USA. J’ai retrouvé mes Fabulous Superlatives, ils sont pour moi ce que les Driftin’ Cowboys étaient pour Hank Williams, ou les Strangers pour Merle Haggard. Kenny Vaughan est le guitariste, avec Harry Stinson et Paul Martin pour la contrebasse et la batterie. Nous avons déjà enregistré un autre album, en électrique cette fois, prêt à sortir. Notre bus de tournée est déjà passé en 2022 au Texas, en Louisiane à Baton Rouge, jusqu’au Connecticut et ensuite au Canada. © (Interview : Romain Decoret)

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